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Liberté de la presse au Burkina : Entre explosion de titres et risques de dérapage
Publié le samedi 10 mai 2014   |  L’Hebdo du Burkina


Journée
© Autre presse par DR
Journée internationale de la liberté de la presse 2014


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La presse burkinabé vit une situation singulière. Au moment où elle a célébré, à l’instar de la communauté mondiale, la Journée internationale de la presse, il y a une semaine, elle se retrouve confrontée à l’explosion des titres et à celle de pouvoir exercer en toute indépendance. Pour un métier toujours confronté au défi de la crédibilité et de la liberté, on peut effectivement se demander pourquoi, le journalisme connaît autant son boum maintenant  ?


Connivence avec le politique, on ne saurait le dire. Mais, c’est tout comme, quand on sait que la création de nouveaux partis politiques a coïncidé avec la création de très nouveaux médias, dont il n’est point ici approprié, de citer les titres. Ce serait, en effet, laissé penser qu’ils seraient téléguidés par d’obscurs gourous politiques, à la recherche de leur gloire envolée.

Ce qui est, au moins sûr, c’est que le monde de l’information burkinabé ne s’est jamais autant bien porté. Il vit, à plus d’un titre un nouveau printemps. Lorsqu’ailleurs, il est question de crise des médias, chez nous et plus généralement en Afrique, ce serait plutôt la démultiplication des médias, avec de nouveaux qui naissent chaque jour.

Semble-t-il, il y aurait une demande d’information. Celle qui voudrait que la presse s’adapte au regain de l’activisme politique, en dénichant ce qui se concocte dans les différents états-majors.

On établit partout le constat selon lequel, les médias n’ont jamais été autant suivis. Les journaux sont lus et l’audiovisuel affiche une courbe d’audimat ascendante.

Le développement de l’internet contribue aussi à accroitre l’audience des médias en ligne, tout ceci conférant son caractère particulier à cette célébration de la Journée internationale de la liberté de la presse au Burkina. Elle a été l’occasion de réflexions sur le rôle de la presse qui semble être un créneau porteur dans ce moment d’effervescence politique.

Pour être donneur d’information, la vraie, la juste, l’indépendante et celle de qualité, la première des postures serait de se tenir loin des chapelles politiques.

En effet, l’information qui vient de plusieurs sources, qui se multiplient à l’infini, qui est abondante, voire surabondante est très souvent sujette à manipulations. Elle peut, en effet, être polluée par du mensonge, de la rumeur, du bidonnage, de l’invention, etc. Elle peut être sous influence d’offices obscures et au dessein inavouable.

La recherche de l’information qui devient de facto une science où il faut laisser promener son imagination ou diffuser des points de vue enflammés, notamment ceux venant de leaders politiques, dont la seule prouesse politique est de prédire à longueurs d’écrits l’apocalypse imminent, constitue le véritable danger pour la démocratie.

Le citoyen est certes enclin à donner son point de vue, mais la façon régulière qu’ont certains «  intellos  », à livrer une guerre de la pensée, qui voudrait que le changement passe ou bien la fracture sociale est irrémédiable, ne doit aucunement être cautionnée par les médias.

Cette vision de la démocratie, qui n’en serait une que s’il y a changement, renferme un caractère partisan, où des héros maîtrisant mieux que quiconque les vertus de l’Etat de droit, se transforment en chiens de garde forcenés.

Les médias seraient inspirés de proscrire la diffusion de ces menaces récurrentes qu’ils brandissent contre la paix sociale, devenue leur ultime et seule arme de combat.

Sous la férule des opinions citadines

On laissera de côté les faits et leur caractère sacré. On sait depuis qu’au Burkina, à chaque étape politique cruciale, les politiques, connus ou déguisés, ont tôt fait de rendre leur opinion à eux, sacrée. C’est leurs dires et leurs écrits qui comptent et rien d’autre.

Ils usent pour ce faire de toutes leurs capacités de nuisance pour distiller dans les esprits que la paix serait gravement sous menace (sic). Ils les conditionnent à leur opinion maléfique que le changement doit alors passer y compris par la force de la rue. Comment percevoir autrement la conclusion de leur analyse puisqu’un appel à la consultation populaire est source de guerre selon eux.

Si les médias ont jugé qu’en démocratie, ils pouvaient faire de la place à un citoyen pour qu’il donne son opinion, même si celle-ci prône l’affrontement violent, il est paradoxal qu’il en soit à user de ces espaces médiatiques pour empêcher les autres citoyens de donner leur opinion par référendum. On en vient alors à savoir si toute opinion est diffusable par la presse et particulièrement dans les moments de fortes contradictions  ?

Il est toujours loisible à la presse libre d’avoir confiance en la capacité au discernement de l’opinion publique. Mais ce discernement comporte des limites parce qu’il arrive un moment où l’opinion d’un individu et ou de quelques-uns répétée infiniment, finit par préparer le chaos souhaité.

Prôner le putschisme comme le font sans nuance, des politiques ou un libre-penseur, peut porter un préjudice sérieux à la crédibilité du métier. Même défenseur des libertés, ou même contre toutes formes de censures, la responsabilité sociale des médias implique que les espaces, notamment pour écrire, soient d’abord ceux des hommes du métier.

On peut, en somme, se demander pourquoi, ils en sont certains à vouloir toujours pirater des pages journaux et pour quelle liberté, sachant que la démocratie représentative suppose que celui qui s’exprime le fait au nom de ses mandants. Quand on voit ceux qui s’expriment, on est fondé à s’interroger sur leurs mandants.

En règle générale, ils ne sont représentatifs de personne. On nage alors avec de telles situations dans un télescopage permanent entre information et communication, voire propagande.

Comment rester loin des querelles politiciennes

Bien entendu, en Afrique, les transitions politiques sont difficiles et parfois douloureuses. Elles nous instruisent donc à attirer l’attention sur le comment les passer avec le maximum de chances de ne pas verser dans des manifestations de rue violentes. Mais, elles instruisent aussi et surtout les médias à plus de retenue et même à la censure de tous ceux qui vont faire l’apologie de cette violence.

Le règlement de la violence est toujours plus coûteux que la violence elle-même. En dehors de la révolution internet, du reste le printemps arabe l’a expérimentée, et elle ne fut pas heureuse, la révolution par les médias n’a jamais produit le résultat escompté. Elle confine toujours à l’escalade dans les mots et partant, à celle de la violence.

Ce qui se passe actuellement dans notre démocratie est conjoncturel, si on s’en réfère au fond, qui reste de pouvoir assurer la dévolution du pouvoir par le vote des citoyens à partir de consultations propres et limpides.

Les médias en tant que contre pouvoirs doivent donc lutter contre les maux de la gouvernance et stigmatiser les politiques qui ne seraient pas dans le sens de l’intérêt général. Ils doivent aussi éclairer les citoyens quant à leur choix par leur travail de rendre de la transparence à l’action publique. C’est parfois loin des querelles politiciennes, mais c’est ce qui fonde au juste leur raison d’être.

Ceci pour dire que les formes de démocraties, les systèmes électoraux et les réformes politiques sont du fait des politiques. Qu’ils s’accordent dessus, l’éclairage, aussi modeste soit-il des médias, peut aider les électeurs dans le secret de l’urne à opérer ce qu’ils croient bon pour eux et la démocratie.

Mais sachant que la situation de précarité de la presse constitue un risque, il serait arrivé le temps de consacrer aussi, une journée à la réflexion sur la convention collective. Pour tout dire, elle doit peser dans nos écrits aussi lourd que le fameux article 37. Mais là ce n’est qu’une opinion.

Souleymane KONE

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