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L`Observateur Paalga N° 8616 du 8/5/2014

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Production de fruits au Burkina : un matin à la fraiseraie de Bika
Publié le jeudi 8 mai 2014   |  L`Observateur Paalga




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Ce n’est plus la saison des fraises, mais nous avons encore l’arrière-goût savoureux sur les papilles. Résultat d’une excursion fruitière que nous avons effectuée mi-avril à la fraiserie du quartier Bika dans l’arrondissement n°16 (ex-Boulmiougou) : visite guidée en dégustant ce délicieux fruit rouge.

Jeudi 17 avril 2014. En cette période de canicule au Burkina même les premières heures de la matinée sont chaudes et cette journée qui débute ne fait pas exception. Mais, au fur et à mesure que nous avançons vers le site maraîcher de Bika, dans l’arrondissement n°16 (ex-Boulmiougou), situé dans la périphérie ouest de Ouagadougou, une légère fraîcheur nous accueille. Le périmètre est beau à voir. Choux, gombo, salade… et particulièrement la fraise y poussent allègrement.

Il est juste 7 h passées de quelques minutes et des activités diverses se mènent déjà sur le site. Des dizaines de personnes s’activent. Ici on arrose, là on récolte ou on fait le tri des fraises, en séparant les petites des grosses ou en écartant tout simplement les avariées. Plus loin, une chaude discussion se mène entre une femme et un homme vraisemblablement de religions différentes sur le retour annoncé sur terre de Jésus qui «tarde à s’accomplir». Ambiance…

Combien de personnes travaillent sur cette vaste superficie ? Difficile de trouver une réponse avec nos premiers interlocuteurs qui nous renvoient tous aux «naab raamba» (1) qui seraient les personnes les mieux indiquées pour se prêter à nos questions. Ce n’est pas faux apparemment puisque le «naaba», le président de l’Association des maraîchers de Bika, Boukary Kaboré, est le seul à ne pas se dérober.

Première information : au total 300 personnes travaillent dans le périmètre. A l’en croire la structure qu’il dirige a été créée en mars 2009 à l’issue d’une visite du site par l’ancien maire de Ouaga, Simon Compaoré, qui a été impressionné par le travail fait et qui après son passage leur a accordé une audience à la mairie : «Nous lui avons soumis nos doléances et il nous a aidés à avoir le récépissé de l’association que nous avions mise en place et nous a mis en contact avec la FAO qui, à son tour, a soutenu notre association avec la mise en place de 20 puits maraîchers, l’octroi d’intrants et de fertilisants».

La culture de la fraise occupe une place de choix à Bika et le travail méticuleux, nécessitant une implication et beaucoup de précautions, se déroulerait durant toute l’année au dire du premier responsable des lieux. Mais comment ça marche ?

«A tout moment de l’année nous cultivons la fraise, principalement la variété Camarose. Actuellement la récolte est pratiquement terminée mais nous allons continuer à arroser les plants jusqu’à la saison pluvieuse. Entre mi-juillet et début août, on déplace de quelques mètres le champ, sur une pente. On coupe les anciens plants et on les y replante. En octobre, on fait le repiquage et 3 mois après, c'est-à-dire en décembre, on commence une nouvelle récolte. Mais, passée cette période, notamment au mois de mars, les choses se compliquent avec le manque d’eau et la forte présence du soleil», explique-t-il.

On apprend également que le fraisier qui fait partie de la famille des rosacées pousse sur un sol humide, riche en humus et bien irrigué. Les plants doivent être toujours bien abrités à l’aide d’un paillage et l’arrosage de fréquence variable se fait très tôt le matin, dès 5 h. «A vrai dire le travail est dur ; je peux dire que parmi toutes les plantations, celle de la fraise est plus difficile du fait qu’elle se fait par bouture. Il n’y a pas de semences en vente, c’est donc les anciens plants que nous exploitons. En plus, il faut veiller à ce qu’il y ait assez d’eau et à ne pas exagérer sur les pesticides. A cela s’ajoutent les nombreuses maladies et les insectes nuisibles qui s’attaquent aux plants», se complaint le président.

Outre la Camarose qui est la plus cultivée à Bika, il n’existe pas moins de 6 00 variétés de fraises. Au nombre desquelles : l’Anapollis, la Gariguette, la Ciflorette, la Charlotte, la Ronde, la Festival… Les critères de sélection portent en général sur la forme, la couleur, la fermeté ou l’arôme.

N’allez surtout pas croire que Bika est le seul ou même le premier site de culture de la fraise ! Le premier est en effet celui de Boulmiougou sis dans la même commune et, où la production daterait de depuis les années 70. Existe-t-il une école de la fraise où les uns et les autres auraient appris leur métier ? Que nenni, affirme M. Kaboré selon lequel ils l’auraient tous appris sur le tas. «Notre site est fonctionnel depuis 2007 mais celui de Boulmiougou dont seulement le goudron sépare du nôtre est le plus ancien. C’est d’ailleurs auprès des producteurs de ce site, qui sont venus s’installer chez nous, que nous avons appris à cultiver la fraise. A part cela, nous n’avons reçu une quelconque formation», a-t-il confié.

Cependant, à Bika on craint de devoir arrêter un jour cette activité, faute d’eau. En effet, a expliqué le président des maraîchers, les puits sont alimentés par l’eau d’un bas-fond situé aux encablures du site. Ce qui signifie que quand le bas-fond tarit, il en est de même pour leurs retenues d’eau. Or, à l’entendre, une seule planche de fraises peut prendre 20 arrosoirs d’eau.

L’accès à l’eau constitue ainsi une difficulté majeure pour les producteurs de Bika et le plaidoyer de leur responsable se résume à l’acquisition d’un dispositif de grande rétention d’eau.

Pour le moment, on se bat comme on peut pour y tenir le pari de la production de fraise. Cela, parce que c’est de là que les familles puisent leurs revenus substantiels. «Tous ceux qui sont ici cultivent la fraise pour nourrir leurs familles. A part cette activité, nous n’en connaissons pas d’autres», a témoigné Boukary Kaboré. Mais gagne-t-on bien sa vie en travaillant dans une fraiseraie ? Au fait quelle quantité peut-on récolter de fraises par jour ?

Mieux placé pour répondre à ces questions, le «naaba» des maraîchers n’apporte pourtant pas de réponses claires : «Nous n’avons encore pas pu faire cette estimation parce que chacun dispose de son champ comme il veut et la vente n’est pas groupée. Mais ce qui est sûr c’est une grande quantité car en ma connaissance il y a des gens qui arrivent à faire une récolte de 100 kg par jour alors qu’on récolte tous les 3 jours».

Le prix du kilogramme quant à lui varie entre 4 000 FCFA (quand la fraise donne bien, entre janvier et février) et 500 FCFA (en cette période de maigre récolte).

La clientèle, elle, est essentiellement féminine, notamment des revendeuses qui, très tôt le matin, viennent elles-mêmes récolter la fraise avant de se la faire vendre. Chacune a son fournisseur fidèle dans le champ auprès de qui elle s’approvisionne.

C’est d’ailleurs jour de récolte dans la fraiseraie de Madi Kaboré. Il n’était encore pas arrivé sur le site aux environs de 8h mais des clientes qui disent être arrivées autour de 5h, s’étaient déjà servies pendant que d’autres étaient toujours en train de cueillir. Joint au téléphone par l’une d’entre elles, certainement pressée d’aller conquérir le marché, il n’a pas tardé à se présenter pour procéder à la pesée du produit. Interrogé sur le prix du kilogramme, Madi Kaboré n’a pas fait dans la langue de bois : il est 500 F CFA en ce moment. Mais du côté, des acheteuses, la question est visiblement embarrassante.

En fait, elles craignent qu’en publiant ce prix, nous ne les mettions en conflit avec leurs clients. Mariam Kaboré, la seule qui a accepté parler dans notre dictaphone, explique : «L’année passée, un de vos collègues a été faire un reportage sur le site de Boulmiougou dans lequel il a dit que la fraise se vend à 500 FCFA. Depuis lors nos clients se plaignent que nous achetons moins cher à la source et leur revendons cher. Alors que cela n’est pas vrai. Il arrive que nous achetions le kilo ici à 4 000 FCFA. Mais dans ce cas, on ne parle pas».

Elle a visiblement gros sur…la fraise puisqu’elle se défoule littéralement à notre micro : «Vous aussi ayez pitié de nous car c’est parce que nous n’avons rien à faire que nous faisons ce commerce. Voyez mon cas, si je quitte ici, c’est dans la rue que je vais vendre en me promenant sous le soleil. Si je n’arrive pas à tout écouler, je n’aurai d’autre choix que d’aller dans les écoles où les élèves achètent à 25 F – 25 F. Mais je vais faire comment ? La fraise ne se conserve pas. A moins d’aller délayer le reste pour donner le jus à mes enfants».

Cette dernière confidence douteuse provoque l’hilarité de ses camarades et comme si leur porte-parole soulevait une préoccupation commune, les langues se mettent, comme par magie, à se délier pour nous demander de les aider à trouver de l’emploi «comme par exemple le nettoyage», lance une d’entre elles, ou à défaut, selon une autre, les mettre en relation avec une usine de transformation de la fraise qui rachèterait en gros leur produit, très périssable.

Après cette petite causerie et une fois le marché conclu avec le fournisseur, plus de temps à perdre. C’est à chacune sa direction, qui, juchée sur sa moto le plat de fraises soigneusement emballé à l’aide d’un tissu et posé en équilibre sur la tête, qui, d’autre à pied ou à vélo, l’assiettée bien vissée également sur la tête. Vite, il faut trouver de potentiels acheteurs ! C’est la loi de la fraise.

Alima Koanda

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