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Annulation de passeports diplomatiques : la dangereuse et menaçante justification du ministre Djibril Bassolet
Publié le mercredi 23 avril 2014   |  PDS/Metba


Etienne
© Autre presse par DR
Etienne Traoré, homme politique et enseignant d`université


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Ceci est une réaction de l'homme politique et enseignant d'université Etienne Traoré sur l'annulation des passeports diplomatiques de responsables du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, opposition).


Comme nombre de nos compatriotes, j'ai été surpris d'apprendre l'annulation de passeports diplomatiques de responsables politiques de l'opposition. La manière discourtoise de le faire traduit bien une colère noire! Et la justification du ministre Bassolet constitue pratiquement une menace pour les libertés, notamment celle de mouvement. Des compatriotes ont eu des réactions variées, voire passionnées. Pour moi, par delà les sensibilités diverses dans l'opposition, chacune devrait analyser cet acte dans notre contexte politique national et se sentir intéressée sinon menacée. En effet, même si cette annulation est légale, elle constitue au fond une punition pour nuire aux activités démocratiques d'un parti politique et de l'opposition. Vu sous cet angle, l'acte présidentiel est bel et bien un acte répressif que tout démocrate attaché aux libertés fondamentales (libertés d'opinion, d'organisation, de mouvement, etc.) se doit de dénoncer. Aujourd'hui, ce sont des responsables du MPP. À qui le tour demain quand on sait que d'autres responsables de l'opposition détiennent ce type de passeport ? À lire les justifications de Djibril Bassolet, les opposants devraient avoir quelques craintes car leurs lectures différentes de la crise nationale (quand ils sont à l'extérieur) peuvent unilatéralement être considérées comme des propos pour "dénigrer le Président" ou " salir le pays"! Lisons les propos du ministre justifiant ces retraits à ceux "qui se servent de ce passeport diplomatique pour voyager à l'extérieur, parlent mal du Président du Faso, agissent contre les intérêts du Burkina Faso...à partir du moment où le Président du Faso pense que ces détenteurs de passeports diplomatiques voyagent avec ce document pour dénigrer, parler mal de lui et salir le pays, c'est son droit de les leur retirer". C'est lourd de sens et d'interrogations. Ainsi, à la seule pensée du Président, un citoyen peut être unilatéralement accusé de dénigrer le Président ou de nuire à notre pays! Toutes les voies sont ainsi ouvertes aux accusations arbitraires qui, d'ailleurs au regard de leur gravité, pourraient s'apparenter à des faits de haute trahison. Et puis, pour " dénigrer" le Président (j'ai envie de dire le Roi) et le Pays, il suffit de pouvoir voyager, même avec un passeport ordinaire. Dans la même logique, on peut s’inquiéter d’éventuels retraits de passeports même ordinaires. Alors, on est en droit de se demander si l'on n'évolue pas vers l'interdiction de voyager pour les principaux responsables politiques de l'opposition puisque c'est dans ce milieu que s'élèvent des voix discordantes ! Ce n'est pas une vue de l'esprit quand on sait que dans d'autres pays africains les responsables de l'opposition sont fortement handicapés dans leurs voyages à l'extérieur et même à l'intérieur de leurs propres pays ! Et l'on peut aussi se demander quel est le contenu du dénigrement du Président ? Ramener le débat politique à ce niveau subjectif, est condamnable car, non seulement cela rabaisse, rétrécit et fausse terriblement le débat politique, mais aussi cela peut le passionner dangereusement tant la notion de dénigrement touche au cœur et à l'honneur. Or le débat politique, pour être sain, doit d'abord être rationnel et non émotionnel. Je souhaiterais que l'opposition se le tienne pour dit : le pouvoir en place semble visiblement perdre ses pédales et c'est en ce moment précisément qu'il va développer toutes ses capacités de nuisance contre elle. Il ne lui reste alors qu'une seule arme, celle du renforcement de son unité d'action pour d'abord riposter de façon préventive contre d'autres atteintes plus graves aux libertés d'organisation et de mouvement. Il lui faut éviter le piège des tranchées partisanes où des militants plus émotifs que politiques veulent figer ses diverses composantes. Enfin, un grand merci au ministre Djibril de nous avoir donné les vraies raisons de ces annulations. Merci pour ce nouveau concept politique Burkinabè, digne des monarques de droit divin du moyen-âge en Occident, à savoir : " le dénigrement du Président du Faso"!


Ouagadougou le 22 avril 2014

Etienne Traoré
Université de Ouagadougou

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