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L’Observateur N° 8246 du 5/11/2012

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30 ans de pouvoir Biya : Le règne de l’immobilisme et de la sclérose
Publié le mardi 6 novembre 2012   |  L’Observateur




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S’il fallait décerner le Nobel de la longévité au pouvoir en Afrique, le Président camerounais, Paul Biya, en serait sans aucun doute parmi les prétendants les plus sérieux.

Arrivé à la tête du pouvoir d’Etat en 1982, le successeur d’Amadou Ahidjo fêtera, demain 6 novembre, ses trente (30) années jour pour jour à la tête du Cameroun. Faut-il s’en réjouir ou en pleurer ?

A l’échelle du continent, sauf erreur ou omission, seuls Edouardo dos Santos d’Angola, 33 ans au pouvoir, Teodoro Obiang N’Guema de la Guinée Equatoriale, 33 ans au pouvoir) et Robert Mugabe du Zimbabwe (32 ans à son compteur) n’auraient eu à rougir face à la longévité de Biya. Sorti vainqueur de la présidentielle du 9 octobre 2011, Paul Biya entamait dès le lendemain du scrutin son sixième mandat à la tête du pays. Il remportait ainsi, à 78 ans, 77,98% des suffrages face à son opposant historique, John Fru N’di, qui, lui, n’avait recueilli que quelque 10% des voix.

Englués dans un fausse démocratie, mais une dictature vraie depuis un demi-siècle d’indépendance, le Cameroun des Um Nyobe, Paul Sopo Priso, André Marie Mbidag cherche toujours sa voie, et Biya, qui est parvenu à y instaurer un régime policier, a réussi le tour de force de faire de ce pays un «double champion du monde de la corruption» selon Transparency International. Entre rallonges budgétaires, surfacturations et prestations fictives, c’est la mal gouvernance, le règne de l’immobilisme et de la sclérose sous Biya, entraînant ainsi au bas de l’échelle ce pays qui reste l’un des mieux dotés du continent africain en potentialités. Pour amuser la galerie, le successeur d’Ahidjo n’hésite pas à faire de temps à autre le méchant pour sanctionner ceux qu’il considère comme étant les «voleurs de la République». C’est dans ce cadre qu’il a fait une invention de son cru qu’il a baptisée «Opération épervier». Et ainsi certains de ses anciens collaborateurs croupissent en prison. Et les cas les plus parlants sont ceux d’Atangana Mebara, ancien secrétaire général de la présidence de la République sous Biya, qui purge une peine de 15 ans de prison après en avoir fait 17 pour une autre condamnation ; c’est également le cas de Marafa Hamidou Yaya (à qui on prêtait un destin national), ancien secrétaire général de la Présidence, lui aussi, écroué à la prison centrale de Yaoundé depuis le 16 avril 2012 pour détournement de fonds dans le cadre de l’Affaire albatros (renouvellement manqué de l’avion présidentiel).

En dépit de ses richesses exceptionnelles, les performances économiques et sociales de ce pays sont loin d’atteindre le niveau que l’on était en droit de s’attendre. A lire Fanny Pigeaud, ancienne correspondante de l’AFP et de Libération au Cameroun, Amadou Ahidjo avait semé une partie des germes de la situation dans laquelle se débat ce grand pays aux potentialités immenses, mais le principal responsable de cette situation actuelle du Cameroun n’est autre que son successeur.

Fils de catéchiste, discret fonctionnaire formé en France, taxé de lisse et aussi sans grande ambition, Paul Biya est né il y a 79 ans à Mvomeka dans le sud du pays. Et personne, sauf (évidemment) Ahidjo, ne voyait en cet administrateur civil effacé un destin national. Et pourtant, en 1975, Biya est promu Premier ministre avant de devenir vice-président du parti au pouvoir, l’Union nationale camerounaise (UNC), en 1980. Il prêtera serment en tant que président de la République le 6 novembre 1982 tout en promettant justice, liberté, prospérité et démocratie à son peuple. Après un Ahidjo réputé gouverner à la dure avec une pointe de dictature, l’avènement de Biya avait de quoi susciter tant d’espoir avec à l’entame de son mandat une vaste libération des prisonniers politiques.

Elu en 1992 dans des conditions très controversées face à l’opposant John Fru Ndi, le successeur d'Amadou Ahidjo s’employa à un verrouillage total du système politique, empêchant ainsi toute velléité d’alternance. Et c’est ainsi qu’il sera réélu en 1997, en 2004 et en 2011

Dirigeant d’un pays de 20 millions d’habitants dont 40% ont moins de 15 ans, l’homme est réputé abhorrer les réunions et rencontres internationales. A preuve, à entendre ceux introduits au palais d’Etoudi, la présidence camerounaise, il ne présiderait qu’un seul conseil de ministres par an et ne participe que de manière exceptionnelle aux rencontres internationales. En lieu et place du cérémonial de rencontres de haut niveau, il privilégierait les voyages privés en Europe, notamment en Suisse, où il passe de longs mois durant l’année ; une coutume de longs séjours hors du pays qui ne l’empêche aucunement d’avoir la haute main sur le pouvoir, de le contrôler et de l’exercer avec une certaine dextérité

Blasée et impuissante, l’immense majorité de la population se réfugie dans la résignation. Et pendant ce temps, Biya, lui, sait où aller et comment : en mourant au pouvoir. Pour lui, tout est très parfait. A France 24, qui l’interrogeait récemment sur ses échecs éventuels en trois décennies de pouvoir, il a murmuré de sa voix aphone ces mots : «J’ai fait plus et mieux que ce que je devais». Et pourtant la lutte pour la survie est devenue un casse-tête pour l’immense majorité des Camerounais.

Mais face à ce désastre, Biya n’est pas le seul à porter le bonnet d’âne. Les intellectuels (et Dieu seul sait combien ils sont nombreux et bien formés au Cameroun) et les opposants ou ceux prétendus tels qui n’attendent qu'un clin d’œil pour mieux se rapprocher de la table portent une part de responsabilité dans la mal-gouvernance politique et la déliquescence socio-économique dans lesquelles végète ce grand pays. Tous ou presque semblent avoir capitulé, laissant Biya gouverner en rond.

Boureima Diallo

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