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L’Observateur Paalga N° 8531 du 6/1/2014

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Démissions au CDP : Prémices d’un remodelage vertueux du paysage politique ?
Publié le mardi 7 janvier 2014   |  L’Observateur Paalga


CDP
© Autre presse par DR
CDP : Roch, Salif, Simon… quittent le navire


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Ils sont soixante-quinze. Tous membres du Bureau politique national (BPN). Des cadres du parti. La plupart des militants de la première heure. Des partisans du président Blaise Compaoré qu’ils ont servi, certains avec zèle. Mais depuis plusieurs mois, telle une épave en rade dans un champ, ils ont été mis à l’écart des centres de décision du parti. N’en pouvant plus de cette exclusion, les désœuvrés politiques ont décidé de quitter ce navire qu’ils estiment filer droit vers des horizons incertains.

L’affaire avait été longtemps annoncée. Ces dernières semaines, tout indiquait que c’était imminent. Depuis samedi dernier, la chose est effective.

En effet, par une lettre ouverte au secrétaire exécutif national du CDP, Assimi Kouanda, soixante-quinze hauts responsables du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) ont rendu leur démission : parmi eux, des têtes d’affiche comme Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo, Simon Compaoré, des hommes de l’ombre à l’instar de Placide Somé, Moustapha Semdé, Pascal Marie Ilboudo, et de jeunes loups comme Alassane Bala Sakandé, Mamadou Ouattara, D. Amplias Lankoandé, auteur d’une récente tribune contre le parti. Sans nul doute ce qui constitue un séisme dans l’échiquier politique national produira les mois, voire les semaines à venir, des répliques d’intensité suffisamment grande pour en ajouter au tangage du navire présidentiel.

A l’origine de ce schisme sans précédent dans l’évolution du CDP, un monceau de griefs portant aussi bien sur son fonctionnement que sur sa vision des questions d’intérêt national. Ainsi les signataires de la lettre ouverte dénoncent-ils, entre autres, «les violations répétées des textes fondamentaux, les méthodes de gestion fondées sur l’exclusion, la délation, la coterie» avant de mitrailler : « Vous [NDLR : le secrétaire exécutif national] êtes parvenu, en si peu de temps, à vider cette plateforme fondatrice de son contenu initiale et à liquider les nombreux acquis chèrement conquis par un travail inlassable de ses militants. Le parti est devenu une affaire de copains ». Et ce n’est pas tout.

Embouchant la trompette de l’opposition, d’une bonne partie de la société civile et de la hiérarchie de l’Eglise catholique, les démissionnaires déroulent des notes qui détonnent avec le chœur sénatorial et révisionniste de leurs anciens camarades. « …au lieu d’engager un débat préalable sur ces questions controversées, nous sommes en train d’assister à des tentatives d’imposer la mise en place du Sénat au forceps et à des velléités de réviser la Constitution dans le but de sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels dans un contexte où le peuple est profondément divisé ». On croirait lire le chef de file de l’opposition, Zeph. On a plutôt affaire à Roch et à des membres du BPN du parti présidentiel.

Cette dernière récrimination ne maquera pas de faire sourire bien de personnes. Car il y a ici comme une espèce de paradoxe rochien.

En effet, hier, du haut de sa chaire de président du CDP, Roch Marc Christian n’a cessé de répéter à l’envi que la clause limitative du nombre de mandats présidentiels est antidémocratique. En outre, il n’a pas hésité à apporter sa part de coup de couteux dans les flancs déjà endoloris d’un certain Salif Diallo après que ce dernier, dans sa mémorable interview parue dans L’Observateur Paalga du 9 juillet 2009, a osé critiquer le mode de fonctionnement du même CDP. « Un loup ne deviendra jamais un agneau », avait dit le Rocco de Gorba.

Aujourd’hui, dans une communauté du destin, loup et agneau cheminent ensemble contre une toute autre adversité qui menace leur avenir politique. Les voies du seigneur sont insondables, dit-on.

Alors, d’aucuns ne sont pas loin d’assimiler la démarche de certains démissionnaires à un acte de dépit. Comme le feraient de grands prêtres qui ont perdu le feu sacré avec les avantages qui vont avec. C’est possible. Mais on aurait tort de ne voir dans cette démission que l’expression d’une simple saute d’humeur. Ce serait une lecture simpliste et réductrice de la situation qui prévaut depuis dans l’écurie présidentielle.

Dans cette galaxie Compaoré, où la moindre contestation vaut abandon aux loups, oser critiquer le système et claquer bruyamment la porte relèvent d’une gageure à laquelle seuls ceux qui ont des couilles se risquent. Excepté les refondateurs, qui avaient pris le chemin inverse, les mouvements de militants entre le CDP et le reste de la classe politique se sont jusque-là fait au profit du premier.

Maintenant que la césure est officiellement intervenue entre les « dinosaures » et le reste de la troupe, à quoi faut-il s’attendre ? Ce n’est certainement pas pour se résigner dans le rôle de spectateurs navrés de la scène politique que Roch, Salif, Simon… ont rompu les amarres. Très certainement cette démission groupée préfigure des intentions de créer un nouveau parti politique. Et ce sera tant mieux pour notre démocratie, qui n’a que trop souffert de la suprématie écrasante d’un seul camp.

Si cette nouvelle formation venait effectivement à voir le jour comme tout le laisse entrevoir, on assistera sans nul doute à un remodelage vertueux de notre paysage politique, vicié jusque-là par la disproportion trop marquée des forces en présence.

Au regard de l’envergure politique, financière et sociale de certains des schismatiques, nul doute que leur évangile fera écho au sein des disciples d’Assimi. Des pans entiers des structures du CDP en seront affectés et des cohortes de militants passeront à l’ennemi.

Autre conséquence de l’éventualité de la création d’un nouveau parti : les contrecoups à subir par l’opposition, notamment son chef de file, qui se verra tailler lui aussi des croupières.

A tout cela s’ajoutent les répercussions sur les grandes questions de l’heure. A quel sort sont désormais vouées les réformes matricielles comme le projet très controversé de restauration du Sénat et les velléités de plus en plus grandes de suppression du verrou constitutionnel ? Les dés roulent.

Maintenant qu’il est ouvertement contesté par une partie de ceux qui ont contribué à asseoir son pouvoir, que va faire Blaise Compaoré ?

Va-t-il vivre, comme on le redoute, cette contestation comme une blessure narcissique ?

Va-t-il en faire une question d’amour-propre avec le risque de se braquer et de foncer "droit dans le mur ", pour reprendre l'expression qu’il a lui-même utilisée contre l’ex-président Tandja lorsque celui-ci a modifié, contre vents et marrée, la constitution nigérienne afin de briguer un mandat qui s’est avéré un mur infranchissable ?

Enfin va-t-il chercher à poursuivre de son ire les Juda de sa chapelle ? Une option que d’aucuns n’excluent pas, estimant que Roch et Cie ont certainement des affaires compromettantes qui peuvent leur valoir des ennuis judiciaires. Mais dossiers sales pour dossier sales, eux aussi, pour avoir été dans le cercle restreint du pouvoir, détiennent des secrets qui peuvent faire exploser cinq fois la République. Alors, dans un camp comme dans l’autre, c’est « tu me tiens je te tiens par la barbichette ».

Au regard de la nouvelle donne, l’hôte de Kosyam va-t-il plutôt faire une relecture lucide de la situation et tourner le dos à la horde de courtisans dévots qui lui « pompent l’air » et prêts à tout, surtout au pire, pour garantir leurs intérêts personnels ?

Inutile de chercher à consulter les experts de la scène politique pour avoir réponse à tous ces questionnements. Tout va se savoir samedi prochain, date choisie par la FEDAP/BC pour le lancement officiel de sa pétition contre la limitation des mandats. Si la cérémonie a malgré tout lieu, alors c’est tout dire.

Alain Saint Robespierre

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