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Raréfaction du poisson à Moussodougou : les pêcheurs dans la hantise

Publié le vendredi 3 fevrier 2023  |  Sidwaya
Des
© Autre presse par DR
Des poissons tilapia
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Réhabilité en 2019 à hauteur de près de 16 milliards F CFA, le barrage de Moussodougou, encore appelé barrage Comoé, en rapport avec la province qui l’abrite, a une capacité de 38 millions de mètres cube (m³) d’eau. Cette reconstruction avait entrainé le développement des activités de pêche au grand bonheur des acteurs et des populations. Mais depuis quelques temps, le poisson se fait de plus en plus rare sur le marché à Moussodougou et dans les localités autrefois ravitaillées, laissant les pêcheurs dans la hantise. Pour mesurer l’impact de cette raréfaction du poisson sur le quotidien des habitants de cette localité, Sidwaya a rencontré, en fin décembre 2022, les différents acteurs de la filière pêche. Au-delà des causes, ils proposent des solutions pour résorber le problème.

Moussodougou est une commune rurale située à 65 km de Banfora, chef-lieu de la province de la Comoé, dans la région des Cascades, où vivent à majorité des turka. Dans cette partie du pays, 1,17% des 17 000 âmes vit directement ou indirectement des produits de la pêche, selon la commune.

Le poisson est la principale source de revenus pour ces acteurs de la filière pêche qui disposent d’un barrage de 38 millions de m³, appelé barrage Comoé, qui a été réhabilité en 2019 à près de 16 milliards F CFA. Sauf que depuis quelques mois, les pêcheurs de la localité font grise-mine, parce que le poisson se fait rare dans leur barrage. Mercredi 28 décembre 2022, il est 10 heures sur les rives du barrage de Moussodougou. L’ambiance est quelque peu morose avec par endroits le clapotis des vagues d’eau mêlé aux cris des oiseaux. C’est dans cette ambiance que Adama Barry et deux de ses compagnons s’activent pour la pêche. Agé de 47 ans, Adama Barry est bien connu dans le milieu à Moussodougou, parce qu’exerçant cette activité depuis 1992. La pêche, dit-il, lui permet de prendre en charge sa famille et de scolariser ses enfants. Juché sur sa pirogue, filet en main, il parle, avec un air de désarroi, de la raréfaction du poisson dans ce barrage ces derniers moments.


Après des heures passées dans l’eau en ce temps de fraîcheur, les pêcheurs, Adama Barry et Amadou Diarra …
« Depuis le matin que je suis rentré dans l’eau, je n’ai pas encore eu de poisson. Le barrage est vide. Tous les pécheurs sont partis. Il ne reste que nous trois », soutient-il avec désolation. A l’en croire, la raréfaction du poisson a beaucoup impacté son niveau de vie tant sur le plan social qu’économique, car il n’arrive plus à subvenir aux besoins de sa famille. Amadou Diarra, un autre pêcheur d’une trentaine d’années confie également son calvaire à la suite de cette situation. « Nous n’arrivons plus à trouver du poisson au barrage.

Nous sommes obligés de nous adonner à d’autres activités pour nourrir nos familles, sinon ça ne va vraiment pas », s’indigne-t-il. Autre lieu, même constat. Au débarcadère (lieu de débarquement du poisson fraichement pêché), Mariam Sourabié travaille comme agent de pesée de poisson depuis une dizaine d’années. Il est 10 heures 30 minutes. Le site est vide ce 28 décembre 2022. Il n’y a pas de poisson. La jeune dame, munie d’une calculatrice, d’un cahier et d’un stylo confie que l’activité n’est plus rentable à cause de la rareté du poisson dans le barrage. « Quand il y avait du poisson, l’activité me permettait de résoudre certains problèmes financiers au niveau de la famille et d’aider mon époux à scolariser les enfants », laisse entendre Mme Sourabié, avant d’appeler les autorités à se pencher rapidement sur cette situation.

De 750 à 2 000 F CFA/kg

La rareté du poisson impacte négativement l’activité de la restauratrice Habibata Sourabié.
Avec la rareté du poison dans les eaux du barrage et sur le marché, les consommateurs ne savent plus à quel saint se vouer. Jadis vendu à 750 F CFA, le kilogramme de poisson est aujourd’hui cédé entre 1 500 et 2 000 F CFA à Moussodougou. Oussé Ollo est enseignant en service dans la localité. Pour lui, s’approvisionner en poisson au débarcadère est un véritable calvaire.

« Il y a deux ans de cela que j’ai cessé d’y aller. Là-bas, il faut attendre des heures et des heures pour avoir 1 ou 2 kilogrammes de poisson. C’est comme si on venait pour mendier », déplore-t-il. M. Oussé fait savoir, en outre, que cette rareté de poisson a beaucoup impacté la vie scolaire, parce que les parents qui ont fait de la pêche, leur activité principale, rencontrent des difficultés pour payer la scolarité des enfants. Habibata Sourabié, environ 45 ans, est une restauratrice. Rencontrée dans son commerce non loin du marché, elle raconte qu’il y a longtemps qu’elle exerce ce métier. « Ces dernières années, mon activité a pris un coup dur, car le poisson est devenu une denrée rare mais aussi très chère à Moussodougou », précise-t-elle. Oumar Sourabié tire aussi sa pitance dans la vente de poisson. Le jeune homme, un petit sac en bandoulière, confie qu’il pouvait réaliser par an, un chiffre d’affaire de 300 000 à 400 000 F CFA. Mais à cause du manque de poisson, il a changé d’activité pour se retrouver dans la filière anacarde. Le cas de ce jeune homme n’est pas isolé. L’activité autrefois florissante ne nourrit plus son homme. A Moussodougou, bon nombre de pêcheurs s’adonnent à d’autres activités au détriment de la pêche afin de pouvoir subvenir à leurs besoins.

Un manque à gagner de 600 000 F CFA/an pour la mairie

Le président de la coopérative Wramba, Lamoussa Sourabié, estime que l’action de l’homme est à l’origine de cette situation.
Afin de mieux coordonner leurs activités, les pêcheurs de Moussodougou ont créé en 1992 une coopérative dénommée « Coopérative Wramba » composée de 26 membres et présidée par Lamoussa Sourabié. Réunis au siège de leur structure, ce 28 décembre 2022, M. Sourabié et ses collègues déplorent la rareté du poisson dans le barrage. Selon le secrétaire général de la coopérative, Amara Diarra, cette situation a impacté la santé financière de leur structure. Il explique qu’en son temps, Wramba pouvait par an obtenir 30 à 40 tonnes (t) de poisson prélevées dans le barrage. Cela leur permettait de payer les frais de concession, de prélever 200 F CFA/kg de poisson pour le fonctionnement et 25 F CFA/kg pour les taxes de la mairie. « Présentement, nous sommes à 7t/an, faute de poisson », déplore-t-il.

Pour le chef de service départemental en charge de l’environnement de Moussodougou, Lassina Ouattara, le poisson est une ressource importante pour la population en matière de vitamine. Sa raréfaction, poursuit-il, se fait ressentir au-delà des frontières communales, notamment à Orodara, Banfora et Bobo-Dioulasso qui n’arrivent plus à s’approvisionner. Au titre de l’année 2022, le rapport du service départemental en charge des ressources animales de Moussodougou fait ressortir une baisse considérable de la production du poisson comparativement aux années antérieures. Selon le secrétaire général de la mairie de Moussodougou, Djédjima Sanou, la filière poisson se porte tant bien que mal. Il explique qu’en décembre 2016, le conseil municipal avait pris une délibération portant l’institution d’une taxe (25 F CFA/kg de poisson acheté au barrage) sur les produits de pêche. A en croire M. Sanou, la mairie travaillait étroitement avec la coopérative dans la collecte des fonds. Il précise que les collecteurs passaient annuellement à la mairie pour faire le point et en fonction du nombre de tonnage, ils versaient le montant correspondant. Mais depuis deux ans, déplore-t-il, ils n’honorent plus cet engagement. Approchée, dit-t-il, la coopérative déclare avoir effectué des dépenses connexes et rencontré des difficultés financières. Pour lui, cette situation est une grande perte pour la commune rurale de Moussodougou qui n’arrive plus à recouvrer ces taxes de plus de 600 000 F CFA/an.

Les pêcheurs accusés
Questionnés sur les causes de cette raréfaction du poisson, les acteurs s’accusent. Cette situation est due à l’action de l’homme, selon Adama Barry qui fait allusion à ses collègues qui exercent la pêche dans la clandestinité et aux activités agricoles pratiquées sur les rives du barrage. Il évoque aussi l’utilisation des pesticides dont les résidus sont drainés dans l’enceinte de la retenue d’eau dès les premières pluies, causant ainsi la mort des poissons, notamment les alevins. C’est aussi l’avis d’Amadou Siribié, membre de la coopérative qui précise qu’il existe actuellement un langage de sourd entre eux et les clients. Ces derniers, signifie-t-il, les accusant de ne pas faire preuve de professionnalisme dans leur travail parce que le barrage regorgerait toujours suffisamment de poisson. C’est le cas du porte-parole du chef de Moussodougou, Lamine Sourabié. Pour lui, il y a bel et bien du poisson dans le barrage. Sans langue détour, il fustige le manque de professionnalisme des acteurs et l’abandon de certains rituels coutumiers qui se pratiquaient autrefois au barrage en lien avec la pêche. Une accusation que rejette la coopérative, pointant un doigt accusateur sur l’ensablement, le manque de bassins pour l’élevage des alevins afin d’empoissonner le barrage et l’utilisation des pesticides qui ont contribué à réduire les potentialités halieutiques du barrage.

Nécessaire repos périodique du barrage

Le chef de service départemental de l’élevage de Moussodougou, Zégué Samba Traoré : « il faut un repos périodique du barrage afin de permettre aux poissons de se reconstituer ».
Il n’y a pas de fumée sans feu, soutient tout de même le chef de service départemental en charge de l’environnement de Moussodougou, Lassina Ouattara. Il affirme que les causes de cette situation sont à plusieurs niveaux. Il cite entre autres la présence massive du synodontis communément appelé poisson chat dans le barrage, la technicité et le sous-équipement des acteurs. « Le barrage de Moussodougou n’a jamais connu une période de fermeture. Toute chose qui entrave le développement des poissons », renchérit-il. Pour pallier cette situation, le chef de service départemental en charge des ressources animales de Moussodougou, Zégué Samba Traoré, recommande de sensibiliser les populations à ne plus mener des activités agricoles aux abords du barrage, de lutter contre l’utilisation frauduleuse de matériels prohibés (filet à maille non adapté), de sensibiliser les acteurs pour un repos périodique du barrage afin de permettre aux poissons de se reconstituer. Il recommande aussi et surtout de former et de doter les acteurs de matériels et d’équipements adaptés à la pêche. Pour sa part, le porte-parole du chef du village de Moussodougou propose que ces pêcheurs soient formés et qu’ils respectent les pratiques coutumières et ancestrales qui se faisaient au niveau du barrage. Déjà, rassure le secrétaire général de la mairie de Moussodougou, Djédjima Sanou, lors d’une rencontre récemment tenue avec les pêcheurs, le président de la délégation spéciale communale s’est engagé à prendre le problème à bras-le-corps.

Apollinaire KAM
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Sidwaya N° 7229 du 8/8/2012

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