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Emmanuel Beth, ambassadeur de France au Burkina: «Il est important que les autorités burkinabè fassent les bons choix, au moment venu»
Publié le lundi 9 septembre 2013   |  FasoZine


Distinction
© aOuaga.com par AO
Distinction : l`ambassadeur de France au Burkina, Emmanuel Beth élévé officier de l`ordre national
Samedi 07 septembre 2013. Ouagadougou. Photo : Emmanuel Beth ambassadeur de France au Burkina


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Alors qu’un camion était toujours au bas des escaliers de sa résidence pour l’aider dans son déménagement, Emmanuel Beth, qui quittait ses fonctions d’ambassadeur de France au Burkina Faso, après trois années d’intenses activités diplomatiques, nous a accordé cet entretien, avec la même courtoisie qu’il a affiché durant tout son séjour. Ses souvenirs, son état de santé, sa vie future, le sénat, la lutte contre le terrorisme, la jeunesse, sont, entre autres, les sujets sur lesquels nous avons devisé avec le «général diplomate».
Fasozine.com: Après trois ans de séjour et à quelques heures de son départ (interview recueillie dans la matinée du samedi 7 septembre 2013) quels sont les sentiments du désormais ex-ambassadeur de France au Burkina Faso?
Emmanuel Beth: Tout d’abord un sentiment de remerciement vis-à-vis de tous les Burkinabè qui m’ont accueilli il y a 3 ans, que ce soient les gens de ville ou ceux des champs, qu’elles soient autorités politiques ou religieuses et coutumières. Je tiens à le souligner, je pars le cœur gros avec un réel sentiment de tristesse bien sûr. Il est toujours dur de quitter un pays dans lequel d’abord on a trouvé beaucoup de satisfaction, mais aussi dans lequel on s’est également beaucoup investi. C’est un départ qui s’inscrit dans la logique des rotations des ambassadeurs. En tout cas, je pars avec le sentiment du devoir accompli.

Pouvez-vous nous citer sur le vif, quelques faits souvenirs que vous emporterez dans vos valises?
C’est d’abord le contact que j’ai pu avoir très facilement avec l’ensemble des Burkinabè quels qu’ils soient. C’est un fait très fort que je tiens à souligner parce que je ne l’ai pas rencontré partout en Afrique ou ailleurs dans le monde. Sur les plans politique et diplomatique, je me souviens du gros travail réalisé aux côtés des autorités burkinabè sur la crise ivoirienne, travail qui a été très dense. Il ya aussi le printemps 2011 (des mutineries qui ont violemment secoué le Burkina Faso, ndlr).

A ce titre, je voudrais une fois de plus féliciter la communauté française qui a bien réagi face à cette crise, aux côtés des autorités et des populations burkinabè, de l’ensemble des missions diplomatiques avec lesquelles nous avons essayé de travailler en étroite collaboration. Un autre souvenir important, ce sont les négociations récentes sur le Mali.

Pendant une quinzaine de jours, nous nous sommes engagés, avec le ministre d’Etat, Monsieur Djibrill Bassolé, et l’ensemble des acteurs maliens, que ce soit le gouvernement ou les groupes armés du nord, dans des discussions qui ont débouché fort heureusement sur l’accord de Ouagadougou du 18 juin. Même si au Mali, tout est encore à construire, nous assistons à un résultat extrêmement positif avec ces élections qui ont été favorisées par l’accord de Ouagadougou, l’investiture du président IBK (Ibrahim Boubacar Keïta, ndlr) et les perspectives en vue, dès lors que les travaux sur l’accord inclusif seront lancés.

Votre arrivée au Burkina a été saluée par les mutineries de 2011 et votre départ intervient alors qu’on parle de tentative d’assassinat du président du Faso. Le Burkina Faso jouit-il réellement encore de cette stabilité dont vous vous réjouissez?
Je crois beaucoup à la stabilité du Burkina parce que je pense que c’est ancré dans sa culture et dans ses gènes. C’est dans l’intérêt du Burkina quand on sait que la moindre crise fait revenir un pays, 10, 15, 20 ans voire plus en arrière. Je crois que le Burkina a tout pour préserver cette stabilité dont il jouit. Certes, il ne s’agit pas d’être aveugle, il y a des difficultés, il y a des questions à régler. Et j’ose espérer que les responsables politiques de tous bords contribueront, ensemble, à régler ces questions, au profit des populations.

Lors de la commémoration du 14 juillet 2013, vous avez posé une équation très sibylline en évoquant la situation sociopolitique au Burkina: «Le changement dans la continuité, ou la continuité dans le changement?» Pouvez- vous être un peu plus explicite maintenant?
De toutes les façons, il faut s’inscrire dans la durée et ce pays va connaître des échéances. Bien entendu, il n’appartient pas à la France de se prononcer sur cette question. Mais il est important que les autorités burkinabè inscrivent toujours leurs visions dans l’avenir et fassent les bons choix au moment venu, qui permettent au pays, quels que soient ces choix, de continuer sur une ère positive, plutôt qu’une ère négative. «Le changement dans la continuité, ou la continuité dans le changement», c’est de prendre en compte tous les facteurs qui constituent la société, de façon à faire les bons choix au moment venu.

Le Sénat au Burkina, il trouve sa place où dans cette réflexion que vous avez faite à l’époque?
Il n’appartient ni à la France, ni à l’ambassadeur de France d’avoir un avis sur cette question de politique intérieure qu’est le Sénat. Nous sommes d’autant plus mal fondés pour émettre cet avis que depuis très longtemps, nous avons, en France, deux chambres. Je me garderai donc d’avoir un avis de fond sur cette question. En revanche, je reste persuadé que cette question n’a rien à voir avec celle que vous m’avez posée précédemment. De même, alors que certains s’interrogent, faut-il les écouter et prendre en compte certaines de leurs propositions.

A l’heure où le débat, souvent passionné, se mène sur la modification ou non de l’article 37 qui limite à deux le mandat du Président du Faso, quel conseil avez-vous donné à Blaise Compaoré, la France étant une «amie» du Burkina?
Je n’ai pas de conseil à donner à un président de la république. Très clairement, sachez que ce n’est pas le rôle d’un ambassadeur. D’autre part, je le répète une fois de plus, c’est un sujet de politique intérieure. Je n’ai donc pas d’avis à donner. En revanche, je pense que, quelles que soient les décisions prises, il faudra bien les peser, à l’aune du bien commun, de l’intérêt général et de la cohésion sociale.

Dans votre discours vous insistez beaucoup sur le rôle de la jeunesse. Cette jeunesse constitue-t-elle un atout ou plutôt une bombe pour le Burkina?
C’est là tout l’enjeu. Cette jeunesse représente 50% de la population pour les moins de 16 ans, ce qui est énorme. Si cette jeunesse s’inscrit dans une perspective d’avenir, si on lui offre des possibilités pour demain, en termes d’emploi, de débouchés économiques, de débouchés politiques, de débouchés administratifs, etc., à ce moment là, cette jeunesse sera une opportunité à l’heure où les démographies du nord sont plutôt dans une logique de démographie négative. Donc, ça c’est un atout. En revanche, si des questions ne sont pas traitées, comme vous l’avez dit, cette jeunesse peut devenir une bombe.

Il y a eu, la crise ivoirienne, la crise malienne, la lutte contre le terrorisme dans la sous-région, etc. Avec le recul, la nomination d’un Général de l’armée comme ambassadeur de France au Burkina semble ne pas du tout relever du hasard…
Je crois avoir déjà répondu à Fasozine sur cette question et je me réfère à un numéro précédent de votre magazine (Fasozine N° 37 de Janvier-Février 2012, ndlr). La gestion des ressources humaines au Quai d’Orsay prend en compte l’ensemble de la disponibilité des hommes et des femmes qui sont en mesure de prendre des postes d’ambassadeur. Et c’est à partir de là, en fonction des priorités des uns et des autres et du Département aussi, que les affectations se font. Cela n’a rien à voir avec le fait que vous soyez Général ou pas, au Burkina Faso ou dans un autre pays.

La lutte contre le terrorisme dans la sous-région a-t-elle porté les fruits escomptés?
Alors que je vais quitter le Burkina Faso et la région, j’en profite pour nous féliciter de l’engagement français qui a largement contribué à stabiliser et à stopper le développement du terrorisme dans la région. Rappelons-nous les évènements du 11 janvier 2013 et tout ce qui a suivi. Cet engagement est toujours visible sur le terrain et a contribué à détruire, approximativement, plus de la moitié des groupes terroristes. Ce qui est fondamental.

Certes, il en existe toujours, mais ce fut une action remarquable des armées françaises, un choix politique très sage des autorités françaises. Je tiens également à souligner l’appui du Burkina Faso durant toute cette phase militaire qui a été exceptionnelle. Je remercie, à cette occasion, les autorités burkinabè.

Comment voyez-vous les perspectives d’avenir de la coopération franco-burkinabè?
Je les vois bonnes. Je pense que 2013, en matière d’appui au développement sera une année faste, du fait que le Burkina Faso soit passé en risque modéré dans le cadre de sa gestion des affaires financières. C’est le FMI (Fonds monétaire international, ndlr) qui, tous les ans, décide si un pays est en risque modéré, faible ou fort. Le risque modéré permet à l’Agence française de développement d’offrir des prêts souverains importants à l’Etat. A partir du moment où le Burkina est passé en début d’année en risque modéré, des prêts très importants sur les secteurs prioritaires d’éducation, d’électricité, d’approvisionnement en eau devraient être décidés d’ici la fin de l’année. Donc 2013 sera une excellente année pour la coopération, l’appui au développement, entre nos deux pays.

Comment se porte aujourd’hui Son Excellence, après son accident survenu le samedi 19 mai 2012 au Burkina, lors d’une séance de parachutisme en tandem?
Vous le voyez, Son Excellence va très bien. Sans doute que le Burkina Faso aura-t-il contribué à le requinquer (rires).

Comment se dessine votre vie future?
Ma vie future, c’est, pour l’instant, un grand point d’interrogation. Mais je suis un éternel optimiste, donc je n’ai aucun souci.

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