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Art et Culture

Malika la Slamazone : « Je n’ai cédé à aucune avance (des hommes) à cause de mes convictions religieuses et familiales »

Publié le jeudi 29 aout 2019  |  Le Pays
Malika
© Autre presse par DR
Malika la Slamazone
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Elle est belle et chante, est-on tenté de dire, lorsqu’on la regarde. A 26 ans, elle a déjà remporté 18 trophées dont deux Kundé, à savoir le Kundé de la révélation en 2016 et celui du meilleur artiste féminin en 2019. Elle a réussi, en un laps de temps, à s’imposer dans le domaine du slam au pays des Hommes intègres. Rakizatou Malika Ouattara, de son nom d’artiste Malika la Slamazone, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, nous livre ses confidences.

« Le Pays » : Que retenez-vous de la Oumra que vous avez effectuée cette année ?

Malika la Slamazone : C’était une volonté personnelle qui n’a rien à avoir avec mon art. C’est une conviction religieuse. La Oumra était un geste de confirmation ou un besoin de renforcer ma foi en tant que musulmane.

Quelles sont les résolutions qui ont été prises à l’issue de ce voyage en Terre sainte ?

Les décisions et résolutions en religion sont personnelles. La religion est faite de plusieurs interdits et de plusieurs actes permis. Chacun suit en fonction de sa foi. Je les garde donc pour moi-même.

Quelle est la prochaine étape ? Le Hadj ?

Bien sûr ! La Oumra était juste un pas vers… Chez nous les musulmans, on dit que le pèlerinage devient obligatoire à partir du moment où vous en avez les moyens. Ce n’est pas une question d’âge. Je me suis dit que si je devais rendre l’âme aujourd’hui et que je rencontre mon Seigneur, il me dira : « Tu es allée dans plusieurs pays pour ton art. Pourquoi n’es-tu pas allée en Terre sainte ? » Je ne suis pas sûre que je suis en actuellement en mesure de répondre à cette question. Donc, Inch’ Allah, l’année prochaine, on ira à la Mecque pour le pèlerinage.

Quelles sont vos relations avec le CERFI et l’AEEMB ?

Depuis toute petite, nous avons pris part à des séminaires organisés par ces structures. Nous avons également pris des cours au CERFI, notamment l’apprentissage de la langue à l’écrit et à l’oral. Nous sommes en bons termes, pas seulement avec le CERFI et l’AEEMB, mais aussi avec toute la communauté musulmane.

Pensez-vous que la religion et le showbiz peuvent faire bon ménage ?

Tout dépend du sens que vous donnez au showbiz. Je pense que la religion n’empiète pas sur mon art. J’ai commencé à slamer quand j’étais musulmane. Je suis toujours artiste et musulmane.

Avez-vous déjà reçu des propositions indécentes ?

Cela arrive à tout le monde. Pas seulement dans le milieu du showbiz. Toute femme se voit convoitée, quelle que soit le domaine dans lequel elle exerce. Je ne pense pas qu’il y a des vices propres au statut de femme. Aujourd’hui, quand on dit que tu es une femme artiste, beaucoup voient tout ce qui est sexe, alcool, drogue. Il y a trop de préjugés autour de la femme artiste, mais comme on le dit, « c’est un seul âne qui gâte le nom des autres ». Mais nous ne sommes pas toutes les mêmes. Aujourd’hui, nous avons essayé de prouver qu’on peut être femme artiste tout en gardant certaines valeurs. Nous avons apporté à l’art une certaine féminité décente. Au départ, la communauté musulmane n’était pas d’accord pour le statut de femme artiste. Mais aujourd’hui, au sein de la communauté musulmane, il y a des cellules d’apprentissage du slam au profit de nos sœurs musulmanes. Il y a eu beaucoup de préjugés, mais tout est une question de comportement.

Avez- vous été confrontée à une telle proposition ?

Bien sûr qu’il y a des propositions indécentes ! C’est normal. Surtout au début, quand on veut se lancer dans un domaine. On te dit qu’on va t’aider, mais en contrepartie… Quand je voulais commencer à travailler dans différentes structures, on me disait ceci : « On va t’aider à avancer, mais en contrepartie, il faut faire ceci… » Ce n’est pas seulement dans le showbiz qu’on observe cette pratique. Toute femme l’a déjà vécue. Et c’est imputable à vous les hommes. Maintenant, si la question est de savoir si j’ai cédé, je peux répondre.

Avez-vous cédé ?

Non. Je n’ai pas cédé à cause de mes convictions religieuses et familiales. Mais ce n’est pas le cas chez tout le monde.

Quelle est votre situation matrimoniale ?

Je suis célibataire sans enfant.

« L’homme qu’il me faut » n’est toujours pas venu ?

L’homme qu’il me faut n’est toujours pas là. L’homme qu’il me faut, sera celui-là qui va m’amener devant le maire. Je ne suis pas encore allée devant le maire. Donc, je n’ai pas encore trouvé l’homme qu’il me faut.

En principe, il devait y avoir beaucoup de prétendants non ?

(Eclats de rires)… L’avis de recrutement se poursuit. Je tiens à mes critères. Toute personne qui s’y retrouve, peut postuler. Mon staff se chargera du dépouillement.

D’où tirez-vous votre inspiration ?

L’inspiration vient de partout et de nulle part à la fois. Tout dépend de l’émotion qu’il y a au présent. Ça peut partir d’une simple phrase, d’une chanson écoutée, d’une émotion que l’on ressent.

Quelles sont vos relations avec Rama La Slameuse ?

C’est une grande sœur comme toutes les autres artistes que je respecte.

Elle prétend être la première femme slameuse du Burkina. Qui est, selon vous, la première slmaeuse du Burkina Faso ?

Je n’ai rien à dire. J’ai commencé le slam en 2009. Sûrement après elle. Et après moi, plusieurs personnes se sont lancées dans le domaine. La question n’est pas de savoir qui est la première, la 2e et même la dernière slameuse. Le plus important est d’amener notre art au-delà de nos frontières. Ce n’est pas une question de rang. On n’a jamais entendu Basic Soul dire qu’il est le 1er rappeur du Burkina.

Quelles sont les activités de votre fondation ?

Nous avons créé le groupe Slamazone qui est une entreprise qui fait de la production audiovisuelle, de la formation aux métiers des arts, de la communication médias, du marketing, etc. Le groupe Slamazone a plusieurs associés. Il y a aussi la fondation Slamazone dont je suis la présidente. Pour moi, il faut utiliser l’art au service du développement.

Il y a les boutiques slamazone où on essaie de commercialiser tout ce que l’artiste porte. Nous avons essayé de créer un style assez décend et féminin dans le milieu du showbiz. Beaucoup l’apprécient et on essaye de vendre dans les boutiques. A chaque prestation, il y a une partie du cachet et qui est versée dans le social, d’où la création de la fondation.

Malika La Slamazone porte-t-elle des tenues communément appelées Bad Boy ?

Même si j’en avais envie, je pense que la Chargée de mon image ne me laisserait pas les porter. Elle me dira que la religion, le staff et les fans ne me le permettent pas. Dans l’art, il y a deux types de personnes. Il y a celles qui viennent en stage, c’est-à-dire celles qui y viennent pour s’essayer et partir. Et il y a celles qui y viennent pour en faire un métier. Quand on veut en faire un métier, il faut savoir où on va. Avec le staff, nous discutons afin de nous fixer des objectifs. Aujourd’hui, nous essayons de lever tout ce qu’il y a comme préjugés autour de la femme artiste. On essaye de prouver qu’être femme artiste ne rime pas avec tout ce qui est vice. Il y a un certain nombre d’obligations à respecter. Des obligations imposées par le staff et que je suis obligée de respecter.

Pourquoi de Malika La Slameuse, vous êtes devenue Malika La Slamazone ?

Malika La Slameuse au début parce que je voulais dire au moins une fille dans le milieu. Je me suis rendu compte que le combat n’était pas de s’imposer parmi les hommes en tant que fille, mais plutôt d’imposer le Slam lui-même dans la culture burkinabè. Il fallait être le porte-flambeau du slam lui-même, d’où Malika la Slamazone qui veut dire amazone du slam.

Quelle est la place de ta famille biologique dans tes activités de tous les jours ?

Au départ, c’était normal qu’elle ait de petites craintes à cause de préjugés sur la femme artiste. Après, quand on a une vision claire de ce qu’on veut faire, on se fixe des objectifs, on discute avec le staff, notamment les parents. Aujourd’hui, quand je parle de mon staff, les parents sont inclus. Tout le monde a le même objectif. Les parents sont très importants en ce sens que ce sont eux qui accordent la baraka. Je ne pense pas que je serais là où je suis si les parents n’avaient pas accordé leur baraka. Il y a aussi la maman qui corrige mes textes parce qu’elle est professeur. Elle me donne des idées. En un mot, je discute avec elle sur tout ce qui est habillement et autres. (…) On a essayé de faire cet ajustement entre la famille et le staff et je pense que tout va bien.

En plus du slam, quelles sont les activités de Malika La slamazone ?

Je suis communicatrice de formation. J’ai d’abord travaillé dans une caisse populaire, dans une université privée de la place pendant 5 ans, ensuite dans une banque comme chargée de communication pendant 2 ans. Mais l’art a pris le dessus. J’aimais bien ce que je faisais, mais la musique nécessite beaucoup de déplacements. Au début, on ne savait pas si le slam allait prendre. A un moment donné de la vie, il faut faire un choix. Nous avons donc décidé de tout lâcher pour nous consacrer à notre art. On a préféré cesser de travailler pour les gens, pour travailler pour nous-mêmes.

Comment voyez-vous l’avenir du slam au Burkina et en Afrique ?

Je n’ai pas peur. Il y a trois ans de cela, beaucoup ne savaient pas ce qu’était le slam. Aujourd’hui, le slam a pris une telle ampleur que des rappeurs se convertissent en slameurs. Le ministère de la Culture l’a intégré dans son programme. Nous avons le concours « Je slame pour ma patrie » mais il n’y a pas celui « Je rappe pour ma patrie » ou « Je chante pour ma patrie ». Dans les différentes activités du gouvernement, on invite les slameurs parce qu’ils développent des thèmes importants dans leurs chansons. Aujourd’hui, il y a des slameurs partout en Afrique. Cela veut dire que le slam a vraiment pris de l’ampleur et nous ne sommes qu’au début. Le slam est le meilleur canal pour passer un message à toutes les couches sociales.

Quel est votre mot de fin ?

Je voudrais demander aux fans de ne pas être fermés aux nouvelles expériences. Pour moi, ce n’était pas facile. A tous ceux qui me soutiennent de près ou de loin, physiquement ou spirituellement, je leur demande de ne pas cesser de le faire. Et surtout de contribuer à l’amélioration de notre art. Il y a des critiques mais toute critique n’est pas forcément négative. La critique doit nous permettre d’avancer. Je leur demande de continuer à suivre l’artiste sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, Instagram, YouTube et d’apporter leurs critiques. Actuellement, nous sommes en train d’avancer. Nous allons bientôt lancer le 2e album. Je précise que c’est le premier album qui nous tient jusqu’à présent. Il a fait trois ans et nous avons remporté 18 trophées avec cet album. Il a fait son petit bonhomme de chemin et nous sommes en train d’aller vers le 2e album. En attendant, il y a le single « Faso d’abord » qui est lancé. Mon tout premier concert se prépare pour le 16 novembre 2019 du côté du CENASA.

Issa SIGUIRE
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