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Alfred Dibi Millogo, vice-président de l’association « Burkinbi-bara » : «Il faut une révolution mentale pour vaincre la pauvreté»

Publié le jeudi 14 fevrier 2019  |  Sidwaya
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Dans cet entretien, Alfred Dibi Millogo, coach, vice-président de l’association « Burkinbi-bara » et directeur exécutif adjoint de l’Autorité du bassin de la Volta (ABV) nous livre sa vision pour un développement personnel et collectif. Il plaide pour une révolution mentale et décrète la fin de la faim au Burkina Faso d’ici la prochaine décennie si…

Sidwaya (S.) : Quel rôle joue l’Autorité du bassin de la Volta (ABV) dans le développement durable ?
Dibi Alfred Millogo (D.A.M.) : l’Autorité du bassin de la Volta (ABV) est un organisme de bassin mis en place par les pays qui ont en partage le bassin de la Volta, lors d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernements, le 19 janvier 2007 par la signature de la convention portant statut du fleuve Volta et création de l’ABV. L’organisation regroupe six pays africains dont le Burkina Faso, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali et le Togo. L’ABV permet aux populations qui partagent le bassin de mutualiser les efforts dans la gestion des ressources naturelles dans un contexte de changement climatique.

S. : Quelles sont les principales missions de cette institution sous régionale ?
D.A.M. : L’organisation est chargée principalement de la gestion rationnelle et intégrée des ressources en eau du bassin de la Volta. Elle œuvre à la sauvegarde de l’environnement et des écosystèmes du fleuve. Aussi, l’ABV travaille à une concertation permanente entre les Etats-membres en vue de la réalisation de projets, d’infrastructures et d’ouvrages communs ou d’intérêt commun. L’institution se veut un véritable outil d’intégration économique et sociale. Pour impacter durablement les populations à la base, il convient de réussir la construction d’ouvrages communs comme le barrage du Noumbiel que nous envisageons avec la plus grande sérénité.

S. : Vous êtes également dans le domaine du coaching. Qu’en est-il ?
D.A.. : Tout à fait. Si le coaching consiste à accompagner un individu d’un point A à un point B dans le processus de son développement personnel, nous sommes fiers de pouvoir le faire depuis un certain nombre d’années et d’avoir un retour très gratifiant quant aux résultats. Au-delà de cet accompagnement personnel, nous donnons aussi des formations aux jeunes en vue de susciter en eux le goût de l’entrepreneuriat ou de les aider à parvenir à concrétiser leurs rêves.

C’est dans cette optique qu’il faut comprendre le concept « briller pour que la nation brille » qui est une émission télévisuelle d’éveil de conscience sur nos valeurs et l’immense potentiel qui sommeille en chacun de nous. Ce concept devra également aboutir au Concept de club des ambassadeurs de l’éveil du potentiel humain (CAEPH). Il s’agira des clubs qui devront se constituer dans nos villes, communes et campagnes, dans nos écoles et universités, pour travailler régulièrement à l’avènement d’un Burkinabè du type nouveau, qui sait qu’il a un potentiel humain immense qu’il doit exprimer pour le bonheur de l’humanité entière.

Un autre concept est celui du « Bil academy » qui est un vaste programme d’entrepreneuriat et de leadership. Il touche plusieurs secteurs professionnels dont la communication, l’éducation, le marketing, les médias etc. Avec ce programme, nous avons réussi à accompagner, avec succès, des entreprises à prospérer. Nous avons aidé des jeunes dans leurs projets de développement et organisé des séances de formation en leadership. L’autre programme-phare, né de Bil academy, est le « Song taaba » qui est une idée d’entreprise révolutionnaire pour les gens qui aiment aider les autres. Pour nous, le monde d’aujourd’hui souffre de deux principaux problèmes: l’ignorance et l’égoïsme ou les deux à la fois.

Le programme « Song taaba » en est une réponse parfaite qui peut résoudre la question de chômage. Une autre conviction est que vous ne pouvez pas être riches et heureux tout seul dans un océan de misères. Il faut donc partager le savoir et disponibiliser les ressources pour faire avancer la communauté, le pays. C’est ce que nous appelons une révolution économique et entrepreneuriale. En plus, vous avez le programme « Youth empower » essentiellement dédié à la jeunesse qui dispense gratuitement des formations (avec des témoignages des hommes à succès) aux jeunes sans-emplois afin de les aider à embrasser avec lucidité le monde des affaires.

S. : Quels peuvent être les apports de ces concepts dans l’autoemploi de la jeunesse burkinabè ?
D.A.M. : Avant, on nous disait d’aller à l’école, d’étudier bien et le bon emploi serait garanti. Nos jeunes frères et sœurs constatent avec amertume que cela n’est pas le cas aujourd’hui. Ces concepts sont donc créés pour soutenir les jeunes dans leurs démarches entrepreneuriales. Avec la batterie de programmes qui accompagne chaque concept, nous arrivons à ouvrir des portes pour ceux qui nous font confiance et à impacter directement leur rêve d’entreprendre.

S. : Quelles sont les innovations que vous désirez apporter dans le secteur des affaires au Burkina Faso ?
D.A.M. : L’environnement des affaires au Burkina Faso est riche et varié. Et chaque individu a du potentiel et un minimum d’intelligence économique qui peut lui permettre de se réaliser. Certains pensent que c’est en faisant la politique politicienne, en détournant des richesses publiques, qu’on parvient à se faire une santé financière. Nous disons non ! On peut bien être honnête et immensément riche. Et nous invitons la jeunesse à avoir confiance en elle et à se focaliser sur ses compétences intellectuelles et culturelles, à développer des initiatives et à intégrer les mastermind des gens qui réussissent.

S. : Comment êtes-vous arrivé dans l’agro-industrie au point de créer avec le Larlé Naaba une association ?
D.A.M. : Je ne suis pas arrivé ; il est vrai que je suis diplômé en droit international et comparé de l’environnement ainsi qu’en gestion intégrée des ressources en eau, mais à la base, je suis ingénieur en développement rural, option agronomie. Dans ce sens, ma proximité avec la terre ne pouvait que développer des ambitions en moi.

Et c’est dans cette dynamique, que j’ai fait la connaissance du Larlé Naaba Tigré et ensemble avec d’autres amis, nous avons mis en place une structure qui est l’Association nationale « Burkinbi-bara » qui signifie (en morée et dioula ou bobo) le travail des hommes intègres. L’association vise à valoriser le potentiel des producteurs burkinabè, à promouvoir le développement du monde rural et le bien-être familial. Par-dessus tout, cette association entend mettre un terme aux fléaux tels que la famine, l’extrême pauvreté, la malnutrition et le sous-développement.

S. : Quelle est la philosophie qui accompagne cette association?
D.A.M. : L’association ambitionne de sonner la fin de la faim d’ici la prochaine décennie. Et c’est possible. Elle est présente dans les 45 provinces du pays et tend à implanter ses bases dans les communes rurales et villages. Par cette initiative basée sur un modèle de développement endogène, nous voulons aider les acteurs du secteur rural à s’associer pour un essor inclusif à la base. Burkinbi-bara crée des emplois et organise les producteurs autour des spéculations comme le mung bean dont les avantages agronomiques, diététiques et nutritionnels ne sont plus à démontrer aux Burkinabè.

S. : Quelles sont les domaines d’intervention de Burkinbi-bara ?
D.A.M. : L’association intervient dans plusieurs domaines de développement social et économique. Sur le plan agricole, l’association en dehors de la culture du mung bean, accompagne la production de nouvelles spéculations comme le moringa, le jatropha (à but de la production du biocarburant), les fraises et l’agroforesterie. Au niveau pastoral, elle intervient dans l’élevage de petits et grands ruminants, l’élevage des poissons, des abeilles, de la volaille (pintades, poulets locaux et de chair) etc. Du point de vue social, Burkinbi-bara fait plusieurs dons aux populations démunies.

S. : Comment fonctionne cette association nationale, présente dans les 45 provinces du pays ?
D.A.M. : Dans les régions, provinces et communes, des correspondants installés par le bureau national pilotent les activités de l’association. Ils encadrent les producteurs et organisent des séances de formation et de sensibilisation au profit des ruraux sur les techniques agricoles. Ce procédé vise à réussir la production de cette nouvelle culture qu’est le mung bean. Les correspondants planifient l’enlèvement du surplus de production vers les centres industriels afin de permettre aux producteurs d’avoir un revenu monétaire pour scolariser, soigner leurs enfants.

S. : Vous êtes l’auteur du roman : « Mon rêve pour le Burkina Faso, les défis d’un pays post-insurrectionnel » dans lequel vous suggérez une révolution mentale au Burkina. Qu’est-ce que cela signifie ?
D.A.M. : Dans cet ouvrage, j’invite les Burkinabè à une révolution mentale, à se surpasser pour faire du pays un modèle de développement très respectable. C’est pourquoi dans les colonnes de « Mon rêve pour le Burkina Faso, les défis d’un pays post-insurrectionnel », je m’insurge contre ceux qui pensent que mon pays est pauvre.

Je m’insurge contre notre système éducatif qui est entièrement calqué sur le modèle occidental et non pas en fonction du type d’homme que nous voulons avoir dans 20 ans, dans 50 ans. Je m’insurge contre ceux qui pensent que notre développement viendra de l’aide extérieur. Je refuse l’infantilisation de cette jeunesse, réduite au chômage. Je m’insurge contre la jeunesse qui ne croît pas en elle. Je refuse d’accepter le fait qu’on ait fait croire à ma population que si ce n’est pas par le détournement et d’autres subterfuges très peu recommandables, on ne peut pas être riche. Je refuse la politique politicienne et récrimine la malgouvernance. Pour tout cela, vous comprenez qu’il nous faut une révolution mentale.

Wanlé Gérard COULIBALY
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