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Sidwaya N° 7479 du 14/8/2013

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Orpaillage traditionnel dans la province de la Léraba : La mort à petit feu !
Publié le mercredi 14 aout 2013   |  Sidwaya




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Potentiellement, quelque 7 250 orpailleurs artisanaux traditionnels sont en train d’ingurgiter, à petit feu, du poison résultant de l’utilisation illicite des produits chimiques sur les sites d’orpaillage placés sous licences de recherche de la société minière Gryphon dans les départements de Dagoro, Loumana et Niankorodougou, province de la Léraba. Par ricochet, la santé des populations se fragilise.

Le tiers du sous-sol de la province de la Léraba, dans la région des Cascades, à l’Ouest du Burkina Faso, regorge de ressources minérales reconnues « économiquement exploitables » par les services techniques du ministère des Mines et de l’Energie. Des communes rurales comme Dagoro, Loumana et Niankorodougou… sont, en effet, une concentration naturelle de minéraux.Vaste gisement aurifère d’envergure internationale, la région des Cascades a un couvert végétal sempiternel renforcé et enrichi par la densité de forêts d’arbres ombragés et attrayants. Ce couvert est côtoyé d’une série de chaînes de collines vertes, refuge souterrain de grosses substances minérales insoupçonnées. Depuis 2008, des populations ont accouru de toutes les contrées du Burkina pour s’installer sur ces terres aux potentiels naturels immenses. Selon la société minière australienne, Gryphon Minerals, 86% des « chercheurs d’or » sont venus du nord-Burkina, contre 14% d’orpailleurs autochtones. Aujourd’hui, les orpailleurs dits artisanaux sont au nombre de 7 250 sur l’ensemble des sites aurifères de la province de la Léraba. Du coup, la cohabitation entre les propriétaires terriens et les « immigrés économiques » commence à exacerber les tensions sociales. Le maire de la commune rurale de Niankorodogou, Drissa Ouattara, dit déplorer que « tous ces orpailleurs » exercent dans « l’illégalité totale », ce d’autant qu’ils n’ont pas présenté une autorisation d’exploitation aux services de la mairie. « Comment la commune peut-elle faire face aux dépenses de fonctionnement si les gens contournent les textes et donc les taxes ? », se plaint le bourgmestre. Ces activistes ont transformé ces chaînes de verdure en un vaste champ de « mines anti-personnel » en ce que chaque pied posé, rencontre un trou béant. Concentré dans des filons de quartz aurifère et constitué sous forme de pépites et de paillettes, l’or primaire provient directement à la fois de la roche et du sol. Pour accéder au métal jaune, les orpailleurs du village de Katolo dans la commune de Niankorodougou (province de la Léraba) creusent le sol avec les moyens artisanaux. Extrait, le minerai est ensuite concassé, puis traité au moyen de produits chimiques (le cyanure et le mercure). Généralement, l’or se trouve être mêlé à des impuretés comme la boue que les orpailleurs font aspirer par des pompes et la font répandre ensuite sur des systèmes de tapis inclinés, recouverts de « moquettes ». Plus lourd, l’or se dépose, se retrouvant ainsi « piégé » dans les fibres tandis que la boue, elle, se décante dans de grands bassins (des fosses). Aussi pour « purifier » l’or, les orpailleurs utilisent-ils illicitement, et à grande quantité, le cyanure et le mercure réputés toxiques pour l’homme. Libérés dans l’environnement proche, ces produits nocifs dont une partie s’infiltre dans les sols et pollue l’eau de consommation, sont ingurgités par les orpailleurs eux-mêmes.

L’or au mépris de la santé !

La compagnie minière dit avoir informé les orpailleurs des risques qu’ils encourent pour leur santé sur les sites. En effet, du diagnostic médical mené sur le terrain, il ressort que jusqu’à 80 % du cyanure et du mercure évaporés dans l’air, se « logent » dans l’organisme des orpailleurs. Selon la direction de Gryphon Minerals, le cyanure empêche l’oxygénation des cellules du corps humain, ce qui fait mourir les cellules avec, à long terme, une forte probabilité de risques de développer des lésions cardiaques et cérébrales. A ce risque de santé publique, s’ajoutent les accidents dus aux éboulements des galeries dans lesquelles se glissent les « miniers ». Dans la province de la Léraba, la recherche artisanale du métal précieux a causé d’importants dégâts sur l’écosystème. L’exploitation « sauvage » de l’or a entraîné subséquemment la déforestation du couvert végétal. Les champs de culture et les habitations sont transformés en sites d’orpaillage, contribuant dangereusement à la fragmentation des écosystèmes. A Katolo, la couche fertile superficielle du sol, contenant la matière organique, a été décapée, lessivée et recouverte de déchets miniers. Sur ces lieux dont les prises de vue nous ont été refusées par des orpailleurs surexcités, d’énormes immondices (paquets vides de préservatifs, sachets d’eau usagés, sachets plastiques, ustensiles de cuisine abandonnés…) traînent à terre. A côté des huttes faisant office de couchette, se dressent pêle-mêle, des toilettes aux odeurs pestilentielles à ciel ouvert faites de paille renforcée d’emballages vides de ciment. Comme en de pareilles circonstances, des comptoirs d’achat d’or au marché noir ont poussé comme des champignons sur la quasi-totalité des sites d’orpaillage par des « opérateurs économiques ». La société minière est présente dans la région depuis 2005. En collaboration avec la Société financière internationale (SFI, filiale de la Banque mondiale), Gryphon a demandé et obtenu six permis de recherche minière auprès du ministère des Mines et de l’Energie. Munie de cette autorisation d’exercer, elle a réalisé une étude de faisabilité (impact environnemental, maisons et champs de culture des populations dans l’emprise du gisement, déguerpissement et réinstallation des populations riveraines et leur indemnisation …) qui a révélé la présence d’énormes gisements miniers dans la province de la Léraba. Les sondages ont montré la présence de substances minérales couvrant une superficie de 1 200 km2 avec 90% des ressources naturelles dormantes à seulement 150 m de profondeur. Présentement, la phase de sondage a expiré. Après huit ans d’étude de sondage destinée à chercher et à localiser les potentiels gisements de minerais, elle s’apprête à passer, en 2014, à l’exploitation des substances minérales qu’elle dit y avoir abondamment découvertes. Dans cette perspective, les populations et leurs biens (champs, maisons…) qui sont dans l’emprise des gisements seront « déplacées, réinstallées et indemnisées », selon le directeur général de Gryphon Minerals Burkina, Philipp Aupy rencontré le 6 juillet dernier au siège de la société à Ouagadougou. Gryphon demande aux orpailleurs installés sur les superficies de la société, de céder purement et simplement les terres. Remontés, ceux-ci martèlent qu’une compagnie étrangère ne peut pas « venir les spolier de leurs terres et les renvoyer au chômage ». Entre Gryphon et les « chercheurs d’or », le climat est tendu. Gryphon Minerals a construit à Niankorodougou ce qu’elle appelle un « camp » qui fait office de bureaux et de logements...


Idrissa NOGO
babssonnogo@yahoo.fr

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