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Grossesses en milieu scolaire: étude et bébé ne font pas bon ménage
Publié le vendredi 15 decembre 2017  |  Sidwaya
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© Autre presse par DR
Problématique des grossesses non désirées : Des statistiques alarmantes




Les grossesses non désirées font des victimes chaque année dans les lycées et collèges du Centre-Sud. A Manga, la capitale régionale, les acteurs du monde éducatif s’inquiètent du phénomène devenu courant en milieu scolaire. Focus sur un mal silencieux qui provoque beaucoup d’amertume et plombe la réussite scolaire des filles.

Fati (NDLR : les noms des filles sont fictifs) est une adolescente de 16 ans, élève inscrite au Lycée Naaba Baongho (LNB) de Manga, dans la région du Centre-Sud. Depuis le début de l’année scolaire 2017-2018, elle n’a pas encore mis les pieds dans son établissement alors qu’elle doit reprendre la classe de sixième. Plutôt que de partir à l’école, la jeune demoiselle a, en effet, décidé de rester en famille pour éviter la stigmatisation. Et pour cause, elle entame, ce lundi 20 novembre 2017, son huitième mois de grossesse. Une erreur de jeunesse, confesse-t-elle. «C’était la première fois que j’avais des rapports sexuels avec un garçon. Je ne l’ai fait qu’une fois seulement. Je ne savais pas qu’on pouvait tomber enceinte comme cela », confie-t-elle, en sanglots.
Edwige, 23 ans, a, elle, quitté les bancs en 2015 en classe de 3e. Orpheline de père, elle affirme avoir eu une liaison à l’issue de laquelle elle a contracté une grossesse non voulue. « J’ai accouché en avril à deux mois de l’examen du BEPC. Je n’avais personne pour m’aider avec mon enfant et il m’était difficile de continuer mes études. J’ai donc décidé d’arrêter les cours », assuredit-t-elle, après un long soupir.
A l’instar de Fati et Edwige, elles sont nombreuses, celles qui ont été victimes de grossesses non désirées dès leur première expérience sexuelle ou par ignorance des méthodes de contraception dans les lycées et collèges à Manga. Les plus touchées sont les adolescentes des classes du post-primaire (6e, 5e, 4e et 3e), selon les statistiques se rapportant au cas des deux grands établissements de la ville.
Au lycée Naaba Baongho, sur sept (7) cas de grossesses connus en 2016-2017, un seul a été contracté en classe de Terminale, le reste étant concentré dans les classes du premier cycle. Au lLycée municipal également, le record de cas est détenu par le post- primaire qui enregistre neuf (9) grossesses sur 13, dont cinq répertoriées dans les classes de 5e.

Des chiffres évocateurs

L’ampleur des grossesses non désirées dans les lycées et collèges dau Centre-Sud, inquiète bon nombre d’acteurs. Le Service de l’éducation en matière de population et de la citoyenneté (SEPC) à la direction régionale en charge de l’enseignement secondaire a dénombré 132 cas de grossesses dans les établissements de la région pendant l’année scolaire 2014-2015. La province du Zoundwéogo arrive en tête de liste avec 49 cas contre 48 pour le Nahouri et 35 pour le Bazèga. En 2015-2016, 93 cas ont été enregistrés dans la région. Des chiffres que l’attaché d’éducation, Joseph Pissiga, estime en- deçà de la réalité. « Il est rare que les filles déclarent spontanément leur grossesse. Elles font tout pour dissimuler leur état, si bien qu’on n’arrive pas à dénombrer toutes les filles concernées », explique-t-il. A la Direction provinciale de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille (DPFSNF) de Manga, 14 cas de Grosses non désirées (GND) ont été traités en 2016 contre 17 en 2017. Il s’agit de cas litigieux où les auteurs dénoncés par les filles refusent de s’assumer et dont le dénouement aa lieu souvent en justice, explique la chefe de service Famille de la DPFSNF, Aline Balma. Du fait de leur nature, Mme Balma estime que les cas de GND qui ont été révélés à sa structure ne sont que la face émergée de l’iceberg. « En réalité, les chiffres sont beaucoup plus importants puisque celles qui trouvent un règlement à l’amiable à leur problème ne viennent pas généralement dans nos services. D’ailleurs, les données ne concernent que les établissements de la seule province du Zoundwéogo », fait-elle savoir.

Tout le monde est responsable

La persistance des grossesses non désirées en milieu scolaire découle de plusieurs facteurs. Pour Mme Balma de la DFSNF, la faute incombe aux parents, en particulier et à la société, en général qui marginalisent l’éducation sexuelle des enfants. « Nombreuses sont les filles sont nombreuses aujourd’hui qui ignorent tout des méthodes contraceptives. Si la sexualité demeure un tabou, il va de soi que le problème aussi perdure », affirme-t-elle.
Abou Sombié est le gestionnaire de la Maison communautaire pour jJeunes filles (MCJF) de Manga. Tout comme Aline Balma , il pointe du doigt l’irresponsabilité de certains parents. Toutefois, pour lui, ce n’est pas la sexualité seule, mais l’éducation de façon générale qui est en berne aujourd’hui ; certains chefs de famille se préoccupant peu du comportement de leurs progénitures. Le laxisme est même poussé à des limites non acceptables dans bon nombre de ménages, fait-il remarquer, non sans accuser aussi les nouvelles technologies de communication qui précipitent les adolescents dans la sexualité à risque.
Aux aspects moraux en déliquescence, le conseiller principal d’éducation du lLycée municipal de Manga, Karim Bansé, brandit la pauvreté comme l’un des principaux facteurs des grossesses non désirées en milieu scolaire. Il estime que les filles sont laissées à elles-mêmes, elles se débrouillent pour s’habiller, se coiffer, s’entretenir si bien qu’elles sont vulnéerables à toute proposition indécente.
A Manga, il y a aussi que certaines filles, venues d’horizons divers pour les études, manquent de logeurs et se retrouvent souvent en location dans des maisons de fortune. Confrontées à des conditions de vie difficiles, elles sont exposées et constituent « des proies faciles » pour les hommes, soutient Mme Balma.

« Ecole et bébé ne vont
pas ensemble »

Si les avis sont partagés à propos des causes, les points de vue convergent quant à l’analyse des conséquences des GND. Aline Balma de la DFSNF renseigne que quand les victimes ne cèdent pas à la tentation des avortements clandestins à risque, elles peuvent être sujettes de contagion par les maladies sexuellement transmissibles et le VIH/SIDA. Pour l’attaché d’éducation Joseph Pissiga, les GND sont surtout la principale cause de l’échec scolaire de nombreuses filles. Les cas de Fati et Edwige sont, d’ailleurs, illustratifs du mal que représentent les GND pour les filles. Si à ce jour, Edwige nourrit l’espoir de reprendre un jour les études, Fati, elle, est en passe de jeter l’éponge. Elle affirme s’être inscrite aux cours du soir mais qu’elle a très vite abandonnés à cause de son état. A l’écouter, il n’est pas question de poursuivre les cours du jour pour subir les quolibets des camarades ou le regard accusateur des gens.
De l’avis de l’attachée d’éducation au LNB de Manga, Lidia Pascaline Yaro, c’est justement la difficulté de surmonter cette « pression psychologique » qui entraîne la désertion des filles enceintes des établissements.
Pour celles qui parviennent à passer ce cap, l’avenir demeure parsemé d’embûches. Ainsi, Pascaline est convaincue que la maternité et l’école ne vont pas ensemble. A 20 ans, et quoique relativement informée des méthodes de contraception, elle vient de donner naissance à une fille à la suite d’une grossesse non désirée. Elle se prépare, pour la deuxième fois, à passer l’examen du Baccalauréat. S’inspirant de son vécu, elle affirme qu’il est difficile, voire impossible sans aide, de partir à l’école tout en s’occupant de son nouveau-né. « J’ai la chance d’avoir ma grand-mère et ma maman qui m’aident avec mon enfant lorsque je pars à l’école. Si elles n’étaient pas là, c’est sûr que je n’allais pas y arriver », assure-t-elle.
Toutefois, en dépit du soutien dont elle dispose, elle affirme que la grossesse a beaucoup affecté ses études. Elle, qui figurait parmi les meilleurs de sa classe depuis la seconde, éprouve aujourd’hui, à ses dires, des problèmes dans plusieurs matières. « Avec les pleurs de l’enfant la nuit, je n’arrive plus à étudier. Souvent, je veille presque toute la nuit et le lendemain, je ne fais que dormir en classe », se justifie-t-elle.

Une maison communautaire pour ducomme répit aux filles, mais…

L’Etat et bon nombre d’acteurs du privé se sont investis dans des actions pour faire face au phénomène des grossesses en milieu scolaire à Manga.
Parmi les initiatives, on note la création en 2010 de la Maison communautaire pour jeunes filles (MJCF) de Manga. Cette structure est destinée à « offrir de meilleures conditions d’études et un cadre d’épanouissement aux jeunes filles, en particulier à celles qui sont en situation de vulnérabilité », selon l’arrêté N°0104 portant création du Centre. A son actif, la MCJF compte plus de 600 pensionnaires qui y ont trouvé gîite et couvert. Selon les statistiques du centre, le taux de promotion des classes intermédiaires de l’année scolaire 2016/2017 est de 73,77% contre 33,33% de réussite au BEPC, 62,5% au BAC et 66,66% au Certificat d’aptitude professionnelle. Au niveau de la conduite, hormis quatre cas signalés en 2012, aucune grossesse n’a été enregistrée chez les pensionnaires. Le gestionnaire du centre, Abou Sombié, attribue cette performance aux efforts de sensibilisation et à la rigueur de la discipline.
Cependant, des difficultés d’ordre financier, infrastructurel et humain limitent les actions de la MCJF. Selon sa directrice, Mireille Kiema, la capacité d’accueil étant plafonnée à 100 pensionnaires, il n’est pas possible de donner satisfaction à toutes les demandes. De ce fait, en plus de résoudre les principales difficultés du centre, elle plaide pour l’ouverture d’autres centres qui auront pour effet de soutenir les filles en difficulté et partant, de contribuer à la baisse du phénomène des grossesses en milieu scolaire.

Zéro grossesse, difficile mais pas impossible

Est-il possible de réaliser « zéro grossesse en milieu scolaire » ? Si d’aucuns trouvent que cela relève de l’utopie, des responsables d’établissement à Manga estiment que ce n’est pas une vue de l’esprit. Seulement, ce résultat requiert la participation de tous, les parents en premier lieu, soutient Joseph Pissiga. C’est à eux, dit-il, que revient la charge de briser le tabou sur la sexualité et de donner les « armes » à leurs progénitures pour une sexualité consciente et responsable. Ils doivent se montrer davantage rigoureux dans l’éducation des enfants par des conseils. « Quand vous mettez au monde une fille, il faut se dire qu’un jour elle sera majeure et il faut travailler à la préparer à sa vie sexuelle. Les garçons aussi doivent être concernés car ce sont eux les auteurs des grossesses, même si la société est injustement plus clémente à leur égard », relève Aline Balma. Pour le reste, elle préconise l’introduction de la santé sexuelle et reproductive dans les curricula de formation et la mise en place des services sociaux dans les lycées et collèges.
Quelle action contre les auteurs des « crimes » contre les jeunes filles ? Le bon comportement peut s’acquérir par le renforcement de la répression, selon Joseph Pissiga. Il dit tenir pour preuve la baisse du phénomène dans certains pays qui ont fait le choix de punir sévèrement ces derniers.
Convaincu également que tous les problèmes qui tirent leur fondement des actions humaines peuvent trouver aussi des solutions humaines, M. Pissiga appelle à une union des forces contre les grossesses non désirées en milieu scolaire. Par l’union , dit-il, même si le phénomène n’est pas éradiqué, il peut être réduit de façon à offrir la chance à toutes les filles de pouvoir se construire un avenir radieux et participer à la construction du Burkina Faso.

Mamady ZANGO
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Sidwaya N° 7229 du 8/8/2012

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