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La Francophonie: Le français burkinabè ou l’indocilité du colonisé
Publié le vendredi 6 octobre 2017  |  L`Observateur Paalga




On met sous le chapiteau de la Francophonie tous les locuteurs du globe qui parlent le français : ceux de France, du Canada, d’Asie et d’Afrique. Beaucoup n’ont pas d’autre choix, la langue du colonisateur leur a été imposée par le canon. Mais au regard de l’usage de cette langue dans les ex-colonies, fait de détournements de sens, on peut dire que les particularismes sont des actes de résistance à l’uniformisation linguistique. Petit répertoire de quelques particularismes burkinabè qui sèment le désordre dans la langue de Rivarol.

Kateb Yacine disait que le français est un butin de guerre et que le colonisé n’avait pas à se gêner de l’utiliser. Et Sony Labou Tansi renchérissait que l’on en était locataire et même copropriétaire, donc aptes à faire des travaux d’aménagement. On l’a si bien compris au Pays des hommes intègre que l’on fait dire à la langue de Molière le contraire de ce qu’elle dit.

« Caracoler » est un de ces mots au sens bien particulier au Pays des hommes intègres. Quand vous demandez à un Burkinabè qui est dans une situation difficile ce qui se passe, il dit qu’il caracole. L’usager du français de France penserait que le bonhomme fait de l’ironie. Oh ! Que nenni, il veut simplement dire qu’il est à la peine et non qu’il surfe sur la crête du succès.

Et n’allez surtout pas croire que cela est le fait de locuteurs qui ne maîtrisent pas bien les subtilités de la langue française, car des cadres de haut vol emploient « caracoler » dans le sens de bricoler, se débrouiller. Une anecdote : il y a quelques années, un prof de maths de CEG remplace au pied levé un prof malade dans une classe de seconde. Une décision dictée par la nécessité de ne pas laisser les élèves des mois sans maths. Le proviseur évoquant cette situation en conseil de fin de trimestre dit devant le prof pompier que celui-ci caracole en classe de seconde et celui-ci de sortir de ces gonds face à pareille rebuffade du proviseur. Morale de l’histoire : tous deux ont une compréhension erronée de caracoler.

Une autre expression qui fait florès à Ouaga mais qui écorche sans doute les oreilles des autres nationalités est certainement « Placer la barre haute » en lieu et place de « placer la barre haut » ou « placer haut la barre »qui est une expression empruntée à l’athlétisme qui signifie se confronter à un défi plus grand ou opérer une sélection sévère. D’où vient-il que nous transformions un adverbe invariable en un adjectif qualificatif ? Peut-être à cause de sa proximité avec barre. La tendance à féminiser des mots qui ne le sont pas est une manie de transsexualisation linguistique.

Un autre exemple de cette inclination est la féminisation de numéro un. Il existe un quartier de la capitale qui est dénommée La zone « une ». On dira chambre « une », cellule « une » et jamais de chambre Un pour dire numéro 1. Et gare au puriste qui se hasarderait à relever cette incorrection, car on le regarderait de biais comme un malappris.

Un troisième ‘’burkinabisme’’, néologisme que nous empruntons à l’écrivain et critique de presse Sid Lamine Salouka, est le verbe « indexer ». Au Burkina, il signifie pointer du doigt (de l’index) quelqu’un ou quelque chose. Pourtant, le bon usage veut qu’indexer signifie « lier les variations d’une valeur à celle d’un élément de référence ». On dira indexer le loyer sur le coût de la vie. Chez nos voisins ivoiriens, on dira « doigter ».

La Côte d’Ivoire a son nouchi ou français ivoirien, le Cameroun a son franglais camer, le Burkina Faso n’a pas encore son français, mais il y a beaucoup de particularismes qui prospèrent dans l’espace public, dans les rues et les médias, mais sont peu repris par les écrivains burkinabè. Pourtant, c’est à travers ces détournements de sens, ces contresens et dans les néologismes que se trouve notre espace de dissidence dans la francophonie. Il revient donc aux linguistes de faire un travail de collecte de ces particularismes qui desserrent le corset du français académique et l’acclimatent à notre Faso.


Saïdou Alcény Barry
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