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Affaire Thomas Sankara : saura-t-on jamais la vérité ?
Publié le vendredi 14 octobre 2016  |  Le Pays
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© Autre presse par DR
A Ouagadougou, un mémorial pour Thomas Sankara




Dans quelques heures, cela fera exactement 29 ans que des membres d’un commando ont froidement assassiné le président Thomas Sankara, mettant ainsi un terme sanglant aux dissensions qui existaient entre les principaux animateurs de la Révolution burkinabè, et dont bruissait toute la ville de Ouagadougou. Si l’on sait à qui a profité ce crime sans exemple dans l’histoire politique pourtant très mouvementée de notre pays, l’on ignore en revanche toutes les motivations de la boucherie du 15 octobre 1987 et l’identité de tous ceux qui y ont trempé, à l’intérieur comme à l’extérieur du Burkina. La saga judiciaire qui a laborieusement débuté en 1997 avec la plainte déposée par un collectif d’avocats constitués auprès des ayant-droits du capitaine-président, a connu un rebondissement sans précédent en novembre 2014 et à la faveur de l’insurrection populaire qui a balayé le régime dirigé par le suspect numéro un qu’est Blaise Compaoré. Depuis, on est passé de la réouverture du dossier à l’inculpation de 14 personnes pour « crimes d’attentats à la sûreté de l’Etat, d’assassinat, de recel de cadavres, de faux en écriture publique ou de complicité dans ces infractions », en passant par l’exhumation des restes des corps de Thomas Sankara et de ses 12 compagnons d’infortune. C’est incontestablement une avancée significative dans ce dossier ultra-sensible de la République, quand on sait que 26 ans durant, les autorités politiques et judiciaires du pays ont tourné tout le monde en bourrique, avant de le classer sans suite, au grand dam des parents et amis des victimes. Les personnes qui ont été citées et qui ont été, pour certaines d’entre elles écrouées dans le cadre de cette tristement célèbre affaire, étaient pour l’essentiel considérées déjà par bon nombre de nos compatriotes comme celles qui ont conçu et/ou exécuté le plan machiavélique de liquidation physique du président du Conseil national de la révolution et de ses camarades, mais personne n’osait les accuser publiquement parce qu’elles étaient encore aux affaires et avaient avec elles, la puissance publique. Mais avec la chute brutale du régime de Blaise Compaoré en 2014, les langues se sont déliées et la Justice militaire semble s’être libérée de ses chaînes afin de laisser entrevoir une lueur d’espoir dans le traitement de cette affaire. Pour autant, il ne faudra pas verser dans un optimisme béat en pensant que tous les tenants et les aboutissants de l’assassinat de Thom Sank comme on l’appelait affectueusement, seront immédiatement connus du grand public et surtout des ayant-droits, car ce dossier pourrait être potentiellement explosif pour un certain nombre d’acteurs de l’époque, qui n’ont pas encore totalement disparu de la scène.

La Justice burkinabè devra se secouer davantage

Il est évident qu’ils ne se laisseront pas facilement emporter par une éventuelle bourrasque judiciaire qui pourrait naître d’un procès libre et équitable, certains célèbres détenus dans le cadre de cette affaire comme Gilbert Diendéré piaffant, à ce qu’on dit, d’impatience à l’idée d’avoir une tribune pour enfin dire la vérité au peuple sur les événements sanglants du 15 octobre 1987. Saura-t-on jamais la vérité dans ce dossier qui continue de tenir en haleine le pays tout entier ? Rien n’est moins sûr. Quid de Blaise Compaoré lui-même qui, pour l’instant, est quasiment intouchable du fait de son amitié avec son hôte et président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, malgré le mandat d’arrêt lancé contre lui ? Quoi qu’on dise, une justice pour Thomas Sankara sans Blaise Compaoré présent dans le box des accusés, donnerait un goût amer aux parents et aux fils spirituels du Héros de la Révolution. L’amertume risque d’être d’autant plus grande que l’autre acteur principal du drame, celui qu’on qualifiait « d’exécuteur testamentaire des basses œuvres », l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando pour ne pas le nommer, pourrait lui aussi ne pas comparaître, puisqu’il se serait volatilisé depuis les vents violents des 30 et 31 octobre 2014. Mais l’essentiel étant de découvrir le film réalisé par les acteurs eux-mêmes sur l’assassinat de Thomas Sankara et de ses 12 apôtres à la villa Haute-Volta sise au Conseil de l’entente, on pourrait, pour ainsi dire, se contenter des récits, des témoignages poignants et probablement des mea culpa à l’audience, de la part de ceux qui ont été pris dans la nasse et qui auraient directement participé à la sanglante expédition. Mais les fuyards pourraient ne pas échapper à la Justice burkinabè, car un bouleversement politique sur les bords de la lagune Ebrié en 2020 avec l’éventuelle sortie de scène de leur parapluie politique, pourrait signifier pour eux la fin de l’impunité, et le début d’un soulagement total pour les familles des victimes qui pourront, enfin, faire leur deuil. En attendant ce scénario dont rêvent « des milliers de Sankara » et les défenseurs des droits de l’homme, la Justice burkinabè, qui semble être repartie du bon pied, devra se secouer davantage pour nous dire qui a fait quoi le 15 octobre 1987, avec qui et pourquoi ?

Hamadou GADIAGA
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