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Marché boursier : Un instrument d’épargne complémentaire méconnu
Publié le mercredi 24 aout 2016  |  Sidwaya




La prudence du Burkinabè pour les questions liées à l’argent est légendaire. Elle se manifeste, entre autres, à travers leur faible utilisation de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). Seulement six mille Burkinabè profitent du marché financier régional, alors que cette institution offre des possibilités de fructifier son épargne. Voyage dans l’univers des stéréotypes du monde boursier au Burkina Faso.

Moumouni Ouamdaogo est un passionné de marché financier. Deux évènements essentiels ont déclenché sa passion pour la bourse. M Ouamdaogo a visionné un film sur la bourse quand il était encore au lycée. Dans le documentaire, la bourse était présentée à un jeune villageois par son oncle citadin comme le lieu où se font et défont les fortunes. Le deuxième évènement qui l’a marqué est l’avènement de l’internet. Installé à Dédougou, chef-lieu de la région de la Boucle du Mouhoun, il a l’opportunité d’avoir accès aux informations boursières. Alors, il ouvre son compte de titre boursier et devient un investisseur actif depuis 2006 à la Boure régionale des valeurs mobilières (BRVM). « Les titres boursiers m’ont apporté au-delà de l’argent, du bonheur. Maintenant, quel que soit le milieu dans lequel je suis, à la maison, au travail ou parmi mes amis j’ai quelque chose à partager, ma passion pour le marché financier », déclare-t-il, tout joyeux. Cet enthousiasme de Moumouni Ouamdaogo n’est pas la chose la mieux partagée au « pays des Hommes intègres ». En effet, s’ils sont nombreux à déclarer connaître la bourse régionale des valeurs mobilières, leur nombre diminue comme une peau de chagrin quand il s’agit de dire à quoi sert l’institution. « Je sais que la BRVM s’occupe des sociétés cotées comme l’ONATEL et, donc, sert de baromètre à la santé financière des entreprises à travers leur cours qui peut baisser ou augmenter, mais je ne savais que de « petites gens » comme moi peuvaient aussi se lancer en bourse », s’étonne Noufou. Pour d’autres, la bourse est « trop » compliquée et est réservée aux riches et aux initiés. Cette conviction traduit la méconnaissance du marché financier régional par la majorité des Burkinabè. Pourtant, la bourse régionale des valeurs mobilières est juste un marché dont la particularité réside dans les marchandises. En l’occurrence, à la BRVM, on trouve seulement trois catégories de produits : les actions, les obligations et les droits. Chacune représentant une partie d’une des entreprises cotées ou une dette d’une entreprise ou d’un Etat. « La bourse est très simple. Quand on a de l’argent, on peut acheter et quand on a des produits on peut les vendre. Et pour ce faire, on ouvre le compte dans une Société de gestion et d’intermédiation financière (SGI) », explique Moumouni Ouamdaogo. Les SGI sont incontournables pour ceux qui veulent investir en bourse. « Les sociétés d’intermédiation financière utilisent l’argent du client pour acheter en son nom et pour son compte, des actions, des obligations ou des droits qui viendront se loger dans son compte. Quand il a besoin de savoir, à un moment donné combien il a, il lui suffit d’interroger son compte pour avoir sa situation en termes de nombres de titres détenus, ou de valeurs mobilières », commente le directeur de l’antenne nationale de la BRVM, Léopold Ouédraogo. Le Burkina Faso compte deux sociétés d’intermédiation financière. Il s’agit de la Société burkinabè d’intermédiation financière (SBIF) et de Coris Bourse. Mais les investisseurs sont libres d’ouvrir leurs comptes dans n’importe qu’elle SGI située dans l’un des pays de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA).


Un revenu modeste peut investir en bourse


Ils sont nombreux ceux qui pensent qu’il faut avoir des millions pour investir à la bourse. Une appréhension non fondée, si l’on en croit les conditions définies par les SGI. En effet, pour ouvrir un compte à Coris bourse, il n’y a pas de montant prédéfini. Quant à la SBIF, il faut 200 000 F CFA payables en plusieurs tranches. D’ailleurs, selon le directeur général de la SBIF, en dehors des investisseurs institutionnels, les personnes physiques sont les plus nombreuses à s’inscrire. « Si nous prenons le cas du Burkina Faso et celui de la SBIF, nous avons une catégorie de fonctionnaires, des travailleurs du secteur privé et d’opérateurs économiques et des retraités dont le nombre va croissant chaque année. Mais, il n’y a pas beaucoup de jeunes parmi nos clients », complète-t-il. Abdoulaye Compaoré, étudiant en thèse, fraîchement assistant à l’université de Koudougou, âgé de 29 ans, lui, fait exception. Il a, depuis peu, ouvert un compte dans une SGI avec une mise de départ de 500.000 F CFA en vue de préparer sa retraite. « A première vue, le montant minimum de 500 000 FCFA peut paraitre élevé pour un étudiant, mais ce n’est pas sorcier pour celui qui a l’esprit entrepreneurial. Je ne suis pas riche et un étudiant en thèse ne gagne pas grand-chose. J’ai économisé sur ce que me rapportaient les cours de mathématiques que je dispensais à mes heures libres dans différents lycées. Cela a nécessité également que je mette une croix sur certains loisirs », raconte le doctorant. Ce point de vue est partagé par M. Ouamdaogo : « Pour être franc, la bourse est avant tout une question de volonté. Quelqu’un qui peut dégager ne serait-ce que 100 F CFA /jour d’épargne peut le faire en bourse. Il suffit qu’il adapte son train de vie, de manière à dégager une épargne, peu importe sa taille. Il y a suffisamment d’opportunités en bourse pour lui au regard de la large palette des prix des titres à la BRVM », renchérit-il. Dans l’univers de la bourse, il y a aussi des clubs d’investissement. Ils se définissent comme une solution intéressante pour les petits porteurs. Bien qu’ils soient relativement récents au Burkina Faso, les clubs d’investissement sont apparus à la fin du XIXe siècle aux Etats-Unis. Ils ont connu un essor dans les années 1940 en France. Un club d’investissement est composé de particuliers. Ces derniers mettent ensemble leurs ressources pour constituer une épargne sous forme de portefeuille collectif. Ils le confient à un intermédiaire financier pour le faire fructifier en termes de dividendes et autres. Généralement, sa durée de vie est de dix ans, mais les membres peuvent décider de la création d’un nouveau club. De plus en plus d’investisseurs burkinabè se réunissent au sein de clubs. « L’union fait la force. Mettre ensemble leurs épargnes permet aux clubistes d’avoir une masse critique d’argent à investir et ainsi de maximiser leurs profits », affirme le président du club d’investissement Zemstaaba (CIZ), Daouda Maïga. De plus, les clubs offrent l’avantage aux clubistes d’acquérir des connaissances économiques, financières et boursières ainsi que de l’expérience dans la gestion des valeurs mobilières. En effet, comme l’explique le président du CIZ, les réunions mensuelles des membres donnent lieu à des débats dans le but de définir les meilleurs placements. Le pas de la mise de départ franchit, il se pose la question de la rentabilité. A ce sujet, la rentabilité des investissements boursiers, selon les investisseurs est à moyen ou à long terme. Les bénéfices se font ressentir entre trois et dix ans à partir de l’ouverture d’un compte titres régulièrement approvisionné. Pour l’étudiant en mathématiques Abdoulaye Compaoré, un investisseur qui place 500 000 F CFA, se retrouve au bout de 30 ans avec la somme de 33 millions de F CFA, en considérant un rendement annuel de 15% et en tenant compte des frais de gestion de compte prélevés par la SGI. « Il y a de quoi se constituer une seconde retraite pour un jeune agent de la fonction publique », relève-t-il. Sans aller jusqu’à une telle longue échéance, Moumouni Ouamdaogo, grâce à ses placements, est fier d’être sur le point d’entamer la construction de la maison de ses rêves d’une valeur de 25 millions de FCFA à Bobo-Dioulasso. « Pour un salarié vous conviendrez que ce serait impossible en un seul trait, n’eut été la bourse », précise-t-il. Généralement, les salariés sont obligés de le faire en plusieurs étapes, en contractant plusieurs prêts auprès des banques ou de s’endetter pour de longues années pour ceux qui ont la chance de bénéficier d’un logement social.


Des garde-fous pour la sécurité de l’épargne


Les sceptiques ont encore certainement en mémoire la crise des « subprimes » en 2007 ayant entrainé un crach des grandes places boursières internationales plongeant ainsi dans le désarroi les détenteurs de portefeuilles en bourse. La peur de l’effondrement boursier et le risque de perdre du jour au lendemain ses économies par la chute de la BRVM est une des explications de la frilosité des Burkinabè vis-à-vis du marché financier. Le risque zéro n’existe pas en bourse. Toutefois, selon les explications du directeur de l’antenne nationale de la BRVM, les règles de fonctionnement du marché financier régional et les produits traités font qu’il s’agit d’un marché plutôt d’investissement, car il n’a pas été conçu pour être spéculatif. «En réalité, lorsqu’un investisseur détient une action ou une obligation d’une société cotée à la BRVM, il devient copropriétaire de celle-ci. Par exemple, une entreprise burkinabè cotée en bourse dispose de bâtiments, d’agents, par conséquent c’est une machine à produire des services ou des biens », étaye-t-il. Et il en est de même pour toutes les sociétés cotées à la BRVM. Par contre, poursuit-il, les places boursières occidentales et américaines sont des marchés où les produits sont pour la plupart spéculatifs, qui, finalement, ne représentent pas aussi réellement les entreprises comme à la BRVM. Cette équivoque levée, il reste la crainte de voir les traders des sociétés d’intermédiation financière mettre les investisseurs sur la paille. A ce sujet, la réglementation est faite de telle sorte que c’est peu probable que les SGI accumulent l’argent des investisseurs et disparaissent ensuite dans la nature. En effet, chaque SGI est agréée par le conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers, qui est une structure spécialisée de l’UEMOA au même titre que la BCEAO et la BOAD. Il est considéré comme étant le gendarme du marché. Les agents des différents SGI doivent également avoir une carte professionnelle, renouvelable chaque année, délivrée par le gendarme du marché. Lorsqu’ils commettent des actes répréhensibles, la carte professionnelle n’est pas renouvelée, les rendant alors incapables de travailler. En plus, ils encourent une peine de prison. La fuite est d’autant plus difficile que l’argent est dématérialisé et se retrouve sous forme de titres dans les systèmes informatiques de la BRVM à Abidjan et de la SGI. D’ailleurs, les articles 103 à 110 du règlement de la BRVM traitent du dénouement des transactions et énoncent des principes de protection des épargnants tels la simultanéité des règlements et des livraisons, la livraison des titres et le paiement des sommes dues sont concomitants, la normalisation du délai de règlement / livraison, l’automaticité des traitements qui assure la fiabilité et la sécurité des informations, entre autres.


Nadège YE



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La BRVM en bref



La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) est une bourse électronique unique commune aux huit pays de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). Elle a son siège à Abidjan en Côte d'Ivoire. Elle a démarré ses activités, le 16 septembre 1998. Avec 39 sociétés cotées, la BRVM a été sacrée meilleure bourse africaine en 2015 avec une progression de 17,77% de son indice composite. L'admission à la Bourse est un moyen de financement pour les entreprises, soit sous la forme de prêts, soit sous la forme d'émissions publiques de parts de sociétés ou titres qui permettent au grand public d'y investir.


N.Y.



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Quelques conseils pour guider le choix du type de titre



- Une action est un titre de revenu variable, c'est-à-dire que les dividendes qui sont payés changent d’une année à l’autre, car étant liés au bénéfice net réalisé par l’entreprise et à la décision de son assemblée générale. Son achat est alors plus risqué.
- L’obligation est aussi un titre. Elle représente une dette d’une entreprise vis-à-vis de celui qui la détient. Son revenu est fixe et connu d’avance.
- Chacun, en fonction de son aversion au risque, peut donner des indications sur la constitution de son portefeuille laissant la charge de faire fructifier son épargne aux spécialistes que sont les traders employés par les SGI. Cependant, partant du principe qu’il ne faut jamais mettre ses œufs dans un même panier, il est plus judicieux de diversifier les risques en faisant une combinaison de ces deux types de titres.
- Pour les jeunes qui ont envie de construire une maison, selon le DG de la SBIF, la bourse est techniquement une bonne affaire puisque les titres peuvent servir de garantie pour un prêt bancaire ou les gains de complément à un éventuel prêt.


N.Y.



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Comment prendre un titre boursier ?



De manière caricaturale, d’abord un client décide par exemple de placer 100 mille ou 200 mille FCFA en bourse. Il va voir une SGI et les agents lui expliquent les risques liés à la nature des actions et des obligations, la nature du contrat d’ouverture de compte, les types d’ordres, et essaient de cerner ses objectifs de placement, etc. Ensuite, la SGI procède à l’ouverture d’un compte dans ses livres. Il ressemble à un compte bancaire mais comporte deux sous-comptes : un sous-compte espèces et un sous-compte titres. Après l’ouverture, il est demandé au client de déposer de l’argent dans son sous-compte espèces soit à travers un virement bancaire soit par versement direct sur un compte de la SGI. Après le client doit remplir un ordre de Bourse où il indique d’acheter par exemple dix actions à un prix donné. Et lors de la séance prochaine de cotation la SGI exécute l’ordre du client. Si effectivement l’achat est réalisé, alors le sous-compte espèces du client est débité du montant de l’achat des actions et son sous-compte titres est crédité du nombre de titres achetés. Lorsqu’il s’agit d’une vente d’actions, c’est l’opération inverse qui s’effectue (débit du sous-compte titres et crédit du sous-compte espèces). La société d’intermédiation financière informe à chaque fois du dénouement d’une opération à travers l’Avis d’opéré.


N.Y.
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Sidwaya N° 7229 du 8/8/2012

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