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Colonel Souley Mohamed, gendarme à la retraite: « Démanteler les Koglwéogo, c’est occulter les graves problèmes de sécurité »
Publié le vendredi 19 aout 2016  |  Le Pays
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© aOuaga.com par A.O
Complexe AGROPA : un visiteur de luxe nommé Blaise Compaoré
Vendredi 11 avril 2014. Fada N`Gourma. Le chef de l`Etat Blaise Compaoré a visité le complexe agro-industriel et pastoral (AGROPA SARL) qui comprend, entre autres, d`une presserie, d`une raffinerie, d`une savonnerie, etc. Photo : colonel major Souley Mohamed, promoteur d`AGROPA SARL




A la retraite depuis 2004, une retraite anticipée alors qu’il lui restait encore environ sept ans de service, le colonel Souley Mohamed a décidé de s’installer chez lui dans sa ville natale et d’origine, Fada N’Gourma (chef-lieu de la province du Gourma). Là-bas, il fait de l’élevage, de la transformation agro-industrielle ; en somme, il est un promoteur agro-pastoral. Très discret et peu bavard, il est difficile d’arracher au colonel de gendarmerie Souley Mohamed des mots, surtout lorsque vous êtes un Homme de média. Et pourtant, c’est un personnage qui a toujours des choses à dire quand vous échangez avec lui en off mais là encore, à condition qu’il ait des relations particulières avec vous. Nous avions essayé de lui arracher quelques mots lors de la crise dite « populations-Koglwéogo » à Fada N’Gourma mais, le colonel Souley Mohamed avait souhaité ne pas en parler puisqu’il participait à une médiation.

De passage à Ouagadougou où il vient très rarement, sur invitation à participer à la cérémonie de baptême de rue au nom de Feu Pr Ali Lankoandé (fils de Fada N’Gourma), nous avons échangé avec lui en aparté, avant de le convaincre de s’exprimer. Ainsi, le colonel Souley Mohamed a accepté de parler et aborde dans les lignes qui suivent, les questions sécuritaires qui préoccupent particulièrement les populations de la région de l’Est et bien d’autres contrées du Burkina et le sujet sensible des Koglwéogo. Mais, on ne peut pas échanger avec lui sans parler de football. Il faut rappeler que colonel Souley Mohamed a été président de la Fédération burkinabè de football (FBF).

« Le Pays » : Que devenez-vous, mon colonel ? On ne vous entend pas souvent et vous êtes un personnage qui communique peu. Qu’est-ce qui explique cela ?

Cl Souley  Mohamed: Vous commencez en parlant de mes défauts ? Non, je plaisante bien sûr. Vous avez raison, c’est un défaut dont j’ai entendu parler et j’en prends acte. Vous savez, on a beau chasser le naturel, il revient au galop. Mais, on est ce qu’on est ; avec nos qualités et défauts, avec nos forces et faiblesses. Cela est peut-être lié à mon éducation, à ma formation, et peut-être aussi à une certaine conception des choses que j’ai. Il y a un proverbe chinois qui dit ceci : «Si ce que tu veux dire ne vaut pas mieux que le silence, alors tais-toi ». Par rapport à ce que je deviens, je suis occupé dans ma ferme à Fada où je mène des activités agro-pastorales depuis quelques années.

En plus de vos activités de promoteur agropastoral, avez-vous d’autres activités à Fada ? Puisqu’on vous voit rarement à Ouaga, même pas au stade.

J’ai pris ma retraite et je vis à Fada où je suis vraiment occupé dans ma ferme. Mais disons qu’en plus, je suis président de l’ADERE (Association pour le développement de la région de l’Est).

Parlez-nous de l’ADERE !

C’est une association non confessionnelle et apolitique. La région de l’Est, comme vous le savez certainement, malgré ses nombreuses potentialités, accuse un retard sur plusieurs plans que sont, entre autres, l’éducation, la santé et l’eau. Notre objectif, c’est donc de développer des initiatives qui peuvent promouvoir le développement de la région dans des activités multisectorielles. Nous avons reçu notre récépissé d’existence légale en octobre 2015 et depuis, nous faisons de notre mieux pour poser des actes concrets. Nous avons malheureusement perdu notre secrétaire général (Laurent Couldiati) qui en était la cheville ouvrière et qui jouait bien son rôle. Nous avons mis en place les bureaux provinciaux de toutes les cinq provinces à savoir : la Gnagna, le Gourma, la Komandjari, la Kompienga et la Tapoa. Nous avons l’intention de créer bientôt un journal pour mieux faire connaître notre région, ses potentialités, mais aussi ses principales difficultés. Et parlant de ces dernières, je me dois d’attirer l’attention sur l’état de dégradation avancé de la route Koupéla-Fada-Kantchari qui est pour nous très préoccupant, avec malheureusement des dégâts humains et matériels. Nous avons dépassé le stade de « nids-de-poule » ; aujourd’hui c’est plutôt des « nids d’éléphants ». Aussi, je profite de votre micro pour solliciter la compréhension des plus hautes autorités du pays en vue de solutions urgentes même provisoires, surtout qu’il s’agit d’un axe international avec un trafic très important et qui dessert le Bénin, le Niger, le Togo et même le Nigeria via le Bénin. Comme on le dit : la route du développement passe par le développement de la route.

Et comment comptez-vous promouvoir le développement dans votre région réputée pour son insécurité ?

Bonne question. J’ai été effectivement interpellé en tant que président de l’ADERE sur la question de l’insécurité. Les populations ont été traumatisées par cette insécurité qui affiche des taux records de braquages, de vols, de viols et de meurtres. Cette insécurité, il convient d’en parler. Il n’y a pas très longtemps, on pouvait se rendre d’une localité à une autre sans se demander si on arriverait sain et sauf à destination (en dehors des accidents qui peuvent survenir). Les populations vaquaient à leurs occupations sans trop s’inquiéter sur leur sécurité et celle de leurs biens (là aussi en dehors de cas de vols ; mais le vol est un phénomène de société condamnable certes, mais qui existait, existe et qui existera). Voilà que depuis une quinzaine d’années, un phénomène nouveau de par son ampleur et sa gravité, crée la psychose : des bandits armés et souvent munis d’armes de guerre sèment la panique. Ils volent, violent et tuent. Si vous êtes un usager de la route, vous voyagez dans des conditions psychologiques pénibles en vous demandant où et quand vous serez victime de braquage ; et cela jusqu’à votre arrivée à destination. Nul n’en est à l’abri, à moins d’être escorté. Dans les campagnes, c’est la même psychose.
Les commerçants, les paysans, agriculteurs et éleveurs, tous vivent dans la hantise de ces exactions criminelles. Vous vendez les produits de vos récoltes
(sésame par exemple), dès qu’ils sont informés, ils viennent vous obliger à leur reverser une bonne partie de votre chiffre d’affaires. Vous vendez votre bétail, c’est le même sort qui vous attend. Ceux qui refusent d’obtempérer sont battus et souvent tués. Les vols de bétail, de moutons, de chèvres ont connu une recrudescence. Dans certains villages, des hommes passaient la nuit dans les arbres pour faire le guet. Voilà les réalités que vivaient les populations de notre région ; ça peut paraître invraisemblable et pourtant, c’est la triste réalité et il faut avoir le courage d’en parler. Mais, depuis environ deux mois, une incontestable accalmie se constate. Les gens respirent mieux. A l’origine de cette amélioration de la situation sécuritaire, l’arrivée des Koglwéogo.

Avez-vous déjà été victime de ces malfrats ?

Je n’en ai pas été, Dieu merci, personnellement victime, mais j’ai malheureusement perdu mon petit frère qui faisait du transport sur les axes Fada-Bogandé et Fada-Kantchari. On lui a tiré dessus une première fois et il a échappé, mais la deuxième fois, il y est resté en laissant une veuve et 5 enfants. Il y a de cela 12 ans (en 2004). Et je ne dis pas cela pour influencer ou pour émouvoir qui que ce soit. Du reste, il y a eu plusieurs cas de morts d’hommes.

Voulez-vous donc dire que les Koglwéogo ont contribué à réduire l’insécurité ?

Absolument oui ! Allez-y, s’il vous plaît, promener vos micros dans les environs ; vous aurez vous-mêmes des témoignages saisissants.
Pourtant, les Koglwéogo défraient la chronique. Qu’est-ce-que vous pensez de leurs bavures ?

C’est vrai, c’est juste, certains d’entre eux ont commis des bavures, des actes répréhensibles, condamnables, des comportements aux antipodes de ce que l’on est censé voir dans un Etat de droit. Là-dessus, je suis en phase avec vous. On est dans un Etat de droit et force doit rester à la loi. Le colonel de Gendarmerie en retraite que je suis, est censé le savoir. Ces actes et comportements les ont desservis. C’est vraiment dommage. Du reste, à l’ADERE, nous avons eu l’occasion, à plusieurs reprises, d’échanger avec leur responsable, Moussa Thiombiano dit Django (qui est un ami d’enfance) au siège de l’ADERE à Fada ; c’était le cas, par exemple, lors de la crise que nous avons connue : la crise dite "des Koglwéogo de Fada". Une situation qui avait engendré une paralysie de plusieurs secteurs d’activités dont le marché qui est resté fermé pendant quatre jours. Il a fallu des rencontres de sensibilisation et des démarches pour ramener le calme et la reprise des activités au marché. Mais depuis quelque temps, on n’entend plus parler de bavures et autres actes répréhensibles. Je pense que le message du ministre en charge de la sécurité est bien passé, et il y a de l’espoir pour de meilleures perspectives dans la collaboration avec les FDS (Forces de défense et de Sécurité). C’est le sentiment que nous avons à l’ADERE. La preuve, c’est que plusieurs braqueurs ou voleurs qu’ils ont appréhendés, ont été remis aux FDS de Fada.

Des mesures ont été prises pourtant par les autorités, avec notamment la Police de proximité et des patrouilles des FDS sur les routes.

La Police de proximité a été créée, si je ne m’abuse, en 2005 avec comme objectifs : le rapprochement avec la population, le partenariat, la prise de mesures préventives…
C’est vrai, le projet en lui-même est une bonne chose, mais dans le cadre de la lutte contre l’insécurité actuelle, avait-il des chances d’aboutir avec des résultats concrets et rapides ? Les initiateurs du projet avaient-ils pris en compte le paramètre déterminant que constitue le mur d’incompréhensions et de suspicions qui existe malheureusement entre les populations et les hommes en tenue en général ? En réalité, la démarche proximité ou "proximité" (pour faire court) ne s’obtient pas par décret. La "Proximité" s’acquiert ; elle s’acquiert à travers un comportement quotidien. Un comportement qui inspire la confiance auprès des populations. La confiance suscite l’adhésion qui amène le rapprochement, le partenariat, le renseignement, etc.
Autrement dit, même si on recrute dix mille policiers et gendarmes dans la perspective de la mise en place de cette Police de proximité, tant que ce mur se dressera entre celle-ci et les populations, il sera difficile d’atteindre les résultats escomptés. C’est dire qu’il faut former nos hommes sur le plan civique, les sensibiliser afin qu’ils puissent se "fondre" dans la population et jouer pleinement leur rôle. Cela se fera si tout le monde s’y met, mais ce n’est pas évident à court terme. Pendant ce temps, on vole, on viole et on tue. Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On regarde les populations subir ces exactions ? Et quand je parle de populations, c’est Monsieur "tout le monde" des villes et des villages les plus reculés.
Vous parlez des patrouilles des FDS en véhicule sur les routes. C’est vrai que nos FDS se battent comme elles peuvent, surtout qu’elles ont affaire à des malfrats souvent armés jusqu’aux dents. Mais pour que ces patrouilles soient effectivement efficaces, il aurait fallu les faire de manière très rapprochée, les unes des autres, de jour comme de nuit, sur les axes bitumés comme sur les routes à l’intérieur du pays. Cela demande des moyens énormes. Il n’est pas aisé de réaliser cela.

Que dites-vous des moyens aériens mis à contribution dans cette lutte ?

C’est vrai qu’il y a eu l’acquisition de girocoptères. Mais, dans le cadre de l’insécurité dont on parle, je ne sais pas s’ils seront efficaces. Ils sont basés à Ouaga, et s’ils doivent intervenir dans un rayon de 200 à 300 km, vous voyez? Les malfrats ont le temps de faire même « deux sales coups » avant de disparaître. Je vous donne un exemple. Sur l’axe Fada-Pama, un bus transportant une vingtaine de passagers, a été « braqué ». Un policier qui était à bord, a voulu intervenir et les brigands ont ouvert le feu. Bilan : 3 morts dont le policier. J’ouvre une parenthèse pour saluer le courage de ce policier qui avait à l’esprit le devoir de défendre les passagers. C’est la preuve qu’il y a dans les rangs de nos FDS, des hommes valeureux, prêts à faire face à tous les risques pour défendre nos concitoyens. C’est environ deux heures après que l’on a vu un girocoptère survoler la zone…

Doit-on affirmer que c’est parce que les mesures prises par les autorités n’ont pas produit les effets escomptés, que les Koglwéogo ont pu faire surface et avoir autant de popularité ?

Une chose est sûre, c’est depuis quinze ans environ que ce fléau a fait jour (avec toute son ampleur). Les choses sont allées de mal en pis. Aujourd’hui, le constat est là, les résultats sont palpables, il y a une nette amélioration de la situation sécuritaire et cela, cerise sur le gâteau, dans un esprit de collaboration entre Koglwéogo et FDS. C’est à saluer.

Pensez-vous que les Koglwéogo sont plus que présents sur le terrain pour faire échec aux malfrats ?

Ils sont effectivement présents sur le terrain. La force des Koglwéogo ne repose pas sur les armes de chasse qu’ils possèdent. Leur efficacité est due au fait qu’ils sont dans la population, vivent avec elle, partagent ses préoccupations quotidiennes. Ils se connaissent bien entre eux. On sait qui est qui et qui fait quoi. Comme certains le disent, on se sait dans le village. Dans ces conditions, la communication est facile entre eux ; l’information et/ou le renseignement se font aisément. N’oubliez pas que les malfrats, eux aussi, vivent avec ladite population. On finit par savoir donc tôt ou tard qui a fait quoi.
En tout cas, sur le terrain, les Koglwéogo sont appréciés. La fausse note, ce sont les bavures qu’ils ont commises. Mais là aussi, comme je le disais tantôt, ils ont fait amende honorable et c’est tant mieux. L’idéal, naturellement, c’est qu’ils collaborent vraiment avec les FDS. Il ne faut pas croire qu’ils peuvent, seuls, être la solution au problème de l’insécurité ; et c’est important de le reconnaître et de le dire. Mais mis en tandem avec les FDS, ils apporteront des résultats concrets. En fait, le binôme FDS-Koglwéogo, c’est déjà une forme de police de proximité.

Mais des gens s’inquiètent de voir les Koglwéogo se transformer en rébellion et porter atteinte à la sécurité de l’Etat.

Vous mettez d’un côté les Koglwéogo avec leurs armes de chasse et de l’autre côté ces malfrats armés (d’armes de guerre). Dites-moi, s’il vous plaît et honnêtement, d’où peut venir le danger potentiel ? C’est évident, ceux qui disposent d’armes de guerre, sont ceux qui peuvent demain être potentiellement un danger pour l’Etat si rien n’est fait. Ils constituent un terreau favorable pour ceux qui auraient des ambitions inavouables. Que Dieu nous en garde. C’est pour cela qu’il est impératif de les anéantir sans délai et sans tergiverser. Ils sont un vrai fléau.

Pensez-vous, comme une certaine opinion, que les politiques pourraient d’une façon ou d’une autre faire une récupération des Koglwéogo. On dit aussi qu’il y a des repentis parmi eux.

Pour ce qui est de la récupération par des politiques ; écoutez, je ne suis pas un politicien. Les débats politico-politiciens, je ne m’en mêle pas. Ce que je peux vous dire, c’est que l’environnement sociopolitique dans lequel nous vivions, a évolué et cela, à la faveur des événements récents que notre pays a connus. Les Burkinabè, aujourd’hui plus qu’hier, sont devenus très exigeants. Ils ont des attentes en matière de démocratie, d’alternance politique et c’est leur droit. Et je pense que tout le monde en est conscient. Maintenant, pour ce qui est des repentis au sein des Koglwéogo, je ne sais pas de quels repentis il s’agit exactement. Je ne suis pas Koglwéogo et je ne me mêle pas de leurs activités. Nous les avons rencontrés à plusieurs reprises c’est vrai ; mais je l’ai fait en ma qualité de président de l’ADERE, dans le cadre des démarches et sensibilisations en vue de ramener le calme à Fada. Cependant, je vais du principe que pour pouvoir arrêter des malfrats, ces Koglwéogo sont obligés de faire des « investigations » au sein des populations. Dans ce domaine, il peut arriver que l’on "retourne" un candidat au repenti (cela dépend de ce qu’il a fait) pour avoir des informations en vue d’arrêter les autres membres du réseau. Au risque de choquer certaines âmes sensibles, c’est une pratique qui existe ; si vous voulez démanteler un réseau de mafieux ou de la pègre, vous pouvez être amené à le faire dans le but d’atteindre le cerveau de l’organisation, afin de le neutraliser et démanteler son réseau. Dans ce contexte, la fin peut justifier les moyens (la fin étant ici une cause noble, à savoir débarrasser la société de cette pègre). Je vous renvoie à l’adage millénaire selon lequel « si vous ne pouvez pas prendre la citadelle de l’extérieur, il faut tenter de la prendre de l’intérieur ».

Avez-vous été approché pour apporter votre contribution dans la lutte contre l’insécurité dans la région ?

Approché non, mais j’ai échangé avec des responsables que j’ai rencontrés (à Fada comme à Ouaga) pour leur suggérer de revoir les stratégies afin de les mettre en adéquation avec le mode opératoire de ces criminels ; il y a quelques années de cela.
Car le mode opératoire de ces malfrats reposait sur l’effet de surprise, la mobilité, la facilité et la rapidité du repli dans la nature. Autrement dit, ils apparaissent subitement, font leur sale besogne et disparaissent dans la brousse pour après se mêler aux populations. Ces gens-là n’attendent pas le photographe. On a donc peu de chances de voir leurs exactions criminelles sur le Net ou sur les réseaux sociaux.

Au vu des analyses et commentaires, êtes-vous pour ou contre le démantèlement des Koglwéogo?

A la lumière de tout ce qui précède, la réponse est évidente. Je suis contre le démantèlement des Koglwéogo. Démanteler les Koglwéogo, c’est occulter les problèmes graves de sécurité que vivent les populations et cela peut s’apparenter à de la non-assistance à population en danger. Ça fait des années que les gens ont un sentiment d’impuissance face au calvaire qu’ils vivent. Or comme on le sait, les sentiments que l’on étouffe finissent toujours par opérer une résurgence un jour ; c’est une dynamique implacable. Alors, je dis : « démanteler les Koglwéogo sans supprimer les causes fondamentales de leur émergence ou de leur résurgence, serait un non-sens ». De mon point de vue, il convient de les organiser et de les encadrer. Et je crois savoir que les autorités, à travers le ministère en charge de la Sécurité, s’y attèlent. Je souhaite même que l’on aille plus loin dans la réflexion parce qu’il n’y a pas que les Koglwéogo comme organisation d’auto- défense ; il y a aussi les dozos dans l’Ouest et le Sud-Ouest du pays, qui luttent de manière efficace contre l’insécurité, et ce, en intelligence avec les FDS. Toutes ces organisations d’auto-défense peuvent être intégrées dans un système ou dans une stratégie de sécurité nationale.
La mondialisation de l’insécurité nous interpelle. Alors, ne rejetons personne car la sécurité nous concerne tous. Etoffer les effectifs de nos FDS, c’est bien. Disposer d’un armement adéquat pour la lutte contre l’insécurité liée au terrorisme djihadiste, c’est bien. Mais, le succès dans cette lutte, dépendra aussi et surtout de notre capacité d’anticipation. Or, la meilleure arme pour l’anticipation, c’est le renseignement et la rapidité dans la transmission du renseignement. Et c’est justement là que ces organisations (Koglwéogo-Dozos…), bien encadrées et sensibilisées, peuvent apporter leurs concours, en servant de relais. C’est ainsi qu’on pourra prendre des mesures préventives qui pourraient sauver des vies humaines. On dit, en parlant de développement, que l’aide extérieure ne vient qu’en appui ; car personne ne viendra développer notre pays à notre place. De même, en matière de sécurité, l’aide étrangère est certes la bienvenue (du fait de la solidarité internationale dans la lutte contre le terrorisme), mais elle ne vient qu’en appui ; car personne, mieux que nous-mêmes, ne saurait assurer notre propre sécurité. Essayons donc de concilier les débats actuels avec les réalités du terrain. Agissons, agissons ensemble de manière constructive pour la sécurité de notre cher Faso. Comme on le dit si bien en langue mooré : « Tond mè ya wi ». Autrement dit et dans le contexte-ci : nous avons notre identité, notre culture, notre dignité et notre fierté qui peuvent nous amener à nous transcender en vue de grandes réalisations. Je m’excuse auprès des moréphones si l’expression et sa traduction ne sont pas très fidèles. Alors, FDS-Koglwéogo-Dozos... Même combat.

Avez-vous le temps de suivre le football burkinabè et que dites-vous de son évolution et de son équipe nationale ?

Je me suis retiré du milieu, mais je reste toujours un passionné du football. Naturellement, je suis l’évolution de notre équipe nationale qui joue son dernier match qualificatif pour la CAN 2017 au Gabon contre le Botswana en début septembre prochain à Ouagadougou. Je pense que l’équipe adverse est à notre portée et si les enfants mouillent le maillot, nous devrions pouvoir nous qualifier pour la CAN. Et après, les Etalons vont entamer un autre parcours qualificatif pour la Coupe du monde 2018 en Russie, et pour la circonstance, ils seront opposés au Sénégal qui est une grande nation de football à l’échelle africaine. Le Cap-Vert est devenu un pays qui se fait respecter sur le plan continental avec des individualités qui jouent dans les championnats nationaux du Portugal. Le dernier adversaire, l’Afrique du Sud, était bien connu même si depuis un moment, il y a une baisse de forme. Tout ce que je peux souhaiter, c’est que nous ayons cette fois-ci la chance d’aller à une Coupe du monde pour la première fois.

Qu’est-ce que vous auriez aimé dire que nous n’avons pas pu aborder ?

Je voudrais tout d’abord vous dire merci pour cette opportunité de communiquer ; et me permettre de vous féliciter, vous les journalistes, pour le travail que vous faites au quotidien. Je voudrais également préciser que tout ce que j’ai dit dans le cadre de cet entretien, c’est sur la base des informations en ma possession (et je ne prétends point avoir toutes les informations). Je l’ai dit pour apporter ma contribution citoyenne au débat actuel sur l’insécurité. Je l’ai dit enfin, parce que je me suis permis de croire que ce que j’avais à dire, vaut mieux que le silence, car dans ce contexte, le silence et l’inaction deviennent coupables. Que Dieu bénisse notre cher Faso.

Propos recueillis par Antoine BATTIONO


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